EDITO – Juin 2020

27 juin 2020

3/6/9/12, c’est aussi pour protéger nos enfants des enceintes connectées et autres chatbots

 

Un chatbot, c’est un robot qui parle. Ce terme a été créé à partir du mot anglais « chat » qui signifie discuter, et du postfixe « bot », pour « robot ». Le chatbot le plus simple est aujourd’hui une enceinte connectée comme Alexa : elle obéit à des demandes vocales comme d’allumer la télévision ou d’indiquer la météo. A un degré de plus, c’est un robot conversationnel comme Siri, avec lequel on peut avoir des rudiments de conversation.

Ces machines sont encore très rudimentaires, mais elles vont se perfectionner très vite et en libérant nos mains, elles vont nous rendre de grands services. Le problème est que pour s’assurer de mieux les vendre, Google et Amazon ont eu l’idée de les présenter comme une alternative vertueuse aux écrans : « Parents, des experts vous disent que les écrans ne sont pas pour vos jeunes enfants. Achetez-leur plutôt une enceinte connectée ! »

Pourtant, tous les reproches qu’on peut faire aux écrans s’appliquent exactement de la même façon à ces machines : elles ne favorisent pas les échanges de paroles ni de mimiques, elles immobilisent l’enfant en le privant de l’exercice de sa motricité, et elles retiennent son attention à chaque instant de telle façon qu’il n’apprend pas à se concentrer de sa propre initiative sur des tâches qui l’intéressent. En plus, ces machines capturent sans cesse tout ce qui se dit autour d’elles et le transmettent à leur fabricant !

Autant dire qu’il va falloir être vigilant. C’est pourquoi, après avoir proposé en 2008 les repères « 3/6/9/12, pour apprivoiser les écrans et grandir », je propose en 2020 les repères « 3/6/9/12, pour protéger nos enfant des chatbots ».

  • Pas d’outil numérique avant trois ans.

Ou seulement dans un but de « visio-conférence », pour parler aux parents ou aux amis éloignés, ou bien en usage accompagné, sur des périodes courtes, et pour le seul plaisir de jouer ensemble.

  • Pas d’enceinte connectée avant six ans.

Avant cet âge, l’enfant risque de traiter de la même manière ce que disent son père, sa mère ou son enceinte. De plus, il n’est pas capable de comprendre la logique de la capture des propos qu’il tient à la machine.

  • Pas de robots conversationnels avant neuf ans.

Il donnerait toujours raison à votre enfant et entraverait chez lui l’apprentissage des règles du jeu social. En effet, apprendre du désaccord est ce qu’il y a de plus formateur à cet âge. En revanche, les simples « robots jouets », type robots à programmer pour enfants, qui n’ont pas ce côté « conversationnel » ou compagnon, sont les bienvenus pour apprendre aux enfants à programmer.

  • Pas de robots de compagnie avant 12 ans.

La machine serait capable de prendre pour votre enfant la place d’un compagnon. Ce serait une catastrophe car leur programme est conçu pour construire un double de leur utilisateur, de telle façon que celui-ci risque de tourner rapidement en rond sans même s’en apercevoir, en parlant à une machine qui lui renvoie ce qu’il lui a dit précédemment, et qu’il a évidemment oublié !

Alors n’attendons pas !

Appliquons dès aujourd’hui les repères « 3/6/9/12 pour les chatbots ».

Serge Tisseron

Serge Tisseron

Psychiatre, docteur en psychologie

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie habilité à diriger des recherches, membre de l’Académie des technologies, chercheur associé à l’Université de Paris (CRPMS).

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