Lorsque la Mission « Culture petite enfance et parentalité » rencontre les écrans

27 septembre 2019 | Non classé

En juin 2018, la ministre de la culture Françoise Nyssen a confié à Sophie Marinopoulos la mission[1] de recueillir les expériences de terrain intéressantes autour de l’éveil culturel des très jeunes enfants. Elle devait également étudier les recherches scientifiques révélant tout l’intérêt de cet éveil dans la construction du tout-petit.  Cette mission portait l’objectif de proposer un plan d’action « pour que la culture soit au cœur de l’accompagnement du lien parent/enfant et ce dans un esprit de prévention en lien avec le secteur social, de la santé, de  la famille, de l’éducation et de l’écologie ».

Le 4 juin 2019, Sophie Marinopoulos remettait son rapport[2] au Ministère de la Culture et si ce rapport nous interpelle tout particulièrement, au-delà du postulat que nous partageons de la nécessité de la culture pour grandir, c’est que son premier chapitre s’intéresse aux écrans.

Psychologue, psychanalyste, spécialisée dans les questions de l’enfance et de la famille, fondatrice des lieux d’accueil parents/enfants « Les Pâtes au Beurre », Sophie Marinopoulos part du principe que, de la même manière que la vie ne se définit pas seulement par la bonne santé physique, l’éducation ne se définit pas seulement par des soins, de la protection et des stimulations. Elle préconise l’éveil culturel et artistique comme moyen de remettre les parents en lien avec l’enfant pour l’aider à grandir, non seulement physiquement mais aussi psychiquement. En effet, cette relation autour de la culture et de l’art permet de favoriser une relation de partage d’émotions, de langage et de sens qui permettra au bébé d’enrichir ses ressources internes. Il ne faut pas simplement de la nourriture pour se développer dans une société humaine, il faut aussi de la nourriture culturelle. Or parmi les facteurs constatés favorisant la malnutrition culturelle, le rapport pointe les écrans.

Les observations et les témoignages de terrain montrent un accès de plus en plus précoce des enfants aux écrans et ce, avant même leur première année. Cet abaissement de l’âge où les enfants sont confrontés au numérique pose des questions sociétales mais aussi juridiques comme par exemple le droit à l’image chez les tout-petits. Par ailleurs, outre le fait de devenir une cible commerciale de premier plan, les enfants passant du temps devant un écran sont privés de ce même temps en relation avec leurs pairs et leurs parents. Le rapport pointe à ce propos qu’un suréquipement numérique masque parfois un sous investissement éducatif.

Néanmoins, loin de culpabiliser les parents, Sophie Marinopoulos constate leur désarroi et leur manque de repères pour encadrer l’usage du numérique en fonction de l’âge et des besoins de leurs enfants.

Elle conseille donc les balises 3-6-9-12 imaginées par Serge Tisseron pour les informer et les sensibiliser.  Cette règle serait, selon ce rapport, une pièce majeure de la prévention autour des écrans, pour se prémunir des abus et des mésusages. A l’instar de l’association « 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir », la rapporteuse rappelle que les écrans peuvent aussi être des supports d’éducation, d’échanges et de créativité… à condition de respecter les âges de développement de l’enfant et leur accompagnement par un adulte dans un échange relationnel, émotionnel et langagier. Il faut bien nourrir les enfants sur le plan culturel et artistique, le numérique en usage raisonné et accompagné peut y aider.

Le rapport repère les signes fréquents de malnutrition culturelle : appauvrissement du langage, faible sécurité interne, perte d’estime de soi, baisse de la résistance à la frustration, excitabilité relationnelle, manque d’expériences sécurisantes. Tant de problèmes dont on accuse grossièrement les écrans alors que c’est l’absence de relation éducative induite par cette prééminence des écrans la principale responsable. C’est contre cela que nous devons lutter sans diaboliser (ni idéaliser) le numérique dans son ensemble. Nous retrouvons ici le message de Serge Tisseron à savoir qu’ « à travers une prévention raisonnée et une éducation avisée, il est possible de construire pour nos enfants et pour nous-mêmes une société connectée, responsable et créative ». Sophie Marinopoulos prolonge ce message en militant pour des écrans supports de l’éveil culturel et artistique des plus jeunes. Leur utilisation avertie pourrait servir d’axe de prévention et de soutien à la parentalité.

[1]https://www.culture.gouv.fr/content/download/196920/2104317/version/1/file/2018-06-11_Lettre%20de%20mission%20Marinopoulos.pdf

[2]https://www.culture.gouv.fr/content/download/214595/2250125/version/1/file/RAPPORT%20Stratégie%20Santé%20Culturelle%20Sophie%20Marinopoulos.pdf

Thérèse Auzou-Caillemet

Thérèse Auzou-Caillemet

Enseignante spécialisée

Thérèse Auzou-Caillemet est doctorante en sciences de l’éducation.

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