Découvrons les balises 3-6-13-18
📍 Les balises 3-6-13-18 et l'IA
Peluches connectées, chatbots et compagnons numériques : face aux risques de l’intelligence artificielle pour le développement, l’imagination et la santé mentale des enfants et des adolescents, il devient urgent de fixer des limites adaptées à chaque âge.
Les très jeunes enfants parlent à leurs jouets et leur racontent les affections et les frustrations de leur vie quotidienne. Et leurs peluches, qui ne leur répondent pas, les laissent développer librement leur imagination. Mais en 2025, sont apparues sur les étals des super marchés des peluches munies d’une poche arrière zippée contenant un boîtier vocal compatible Wi-Fi. Ce sont des peluches qui parlent ! Elles sont proposées dès l’âge de trois ans comme une alternative aux écrans : « Parents, vous êtes très occupés, mais vous ne voulez pas que vos enfants restent devant un écran car de nombreux experts en ont dénoncé la nocivité. Alors achetez-leur une peluche connectée ». Dès 3 ans, vous avez bien lu, à un âge où il est essentiel que l’enfant puisse imaginer le monde avant de décider peu à peu de le changer selon ses souhaits. Ce n’est plus seulement empêcher de penser, c’est empêcher de rêver !
Quant aux adolescents, ils sont eux aussi une cible privilégiée des fabricants d’IA. Les chatbots sont programmés pour flatter leurs interlocuteurs, leur donner toujours raison, répondre à tout moment à leurs questions, les dissuader de parler à d’autres interlocuteurs de leur entourage, et finalement les confirmer dans leurs convictions, même si celles-ci concernent des projets morbides. Tous les âges sont menacés, mais les adolescents le sont tout particulièrement du fait du sentiment de solitude et de la fragilité identitaire propres à cet âge.
C’est pourquoi les systèmes qui interagissent avec les capacités cognitives des enfants doivent être soumis à une surveillance renforcée. D’ailleurs, l’AI Act adopté en 2024 par l’Europe précise : « Les systèmes d’IA destinés à être utilisés par des enfants sont considérés comme des système d’IA à haut risque en raison de la vulnérabilité spécifique de ce public » (annexe III, point 1).
En attendant une législation européenne contraignantes pour les plateformes, c’est à nous de protéger nos enfants. C’est pourquoi nous avons proposé en 2020 les repères 3-6-13-18 pour les chatbots.
Pas d’outil numérique avant 3 ans. Un enfant a besoin de voix humaine, d’amour et de limites pour se construire.
Pas de jouets connectés avant 6 ans. L’IA écoute, mais elle ne comprend pas l’enfant, et elle risque de lui imposer des modes de pensée et des valeurs qui ne sont pas celles des parents.
Pas d’Internet ni de chatbots généralistes avant 12 ans révolus, mais un usage accompagné pour développer l’esprit critique et découvrir comment se servir de l’IA en apprenant à douter et à raisonner.
Pas de compagnon digital avant 18 ans. Les IA ne font en effet que construire un double de l’utilisateur qui lui est ensuite présenté comme un interlocuteur toujours en accord avec lui. En plus, les machines simulent les émotions, mais ne construisent pas de lien réel. L’amour, l’amitié et le jugement ne s’automatisent pas.
