Cher ami,
J’espère que tu vas bien depuis ton dernier courrier, et que le temps est bien plus clément chez toi, en Chine, que chez nous, où les pluies régulières commencent à me faire amèrement regretter l’achat de mon vélo ! J’ai récemment lu que ton pays renforçait son “couvre-feu numérique” pour les adolescents : pas plus d’une heure de connexion autorisée par jour pour les moins de 18 ans, avec un blocage automatique à 22 heures. Eh bien figure toi que, chez nous, certains trouvent ça formidable…
Des “experts” s’en félicitent même dans les médias. « Ah, si seulement la France pouvait en faire autant ! » Comme si le contrôle était la nouvelle forme du soin.
Je ne te cache pas qu’en te lisant, j’ai parfois l’impression que nous suivons le même chemin, mais avec le sourire. Comme quoi, les dystopies d’Orwell et d’Huxley se complètent bien. Chez nous, les caméras à reconnaissance faciale s’installent doucement dans l’espace public, sous prétexte de sécurité. Et du côté des familles, la mode est aux contrôles parentaux ultra-intrusifs : certains, comme l’application Kroha, permettent non seulement de géolocaliser l’enfant, mais aussi d’activer à distance son micro pour écouter ses conversations… Quand je te dis qu’Orwell n’est jamais loin, je ne suis pas si fou que ça ! On n’a peut-être pas (encore) le couvre-feu numérique, mais on a déjà le Babyphone pour ado !
C’est dans ce climat de soupçon et de peur que j’ai découvert un petit livre salutaire, publié chez Usbek et Rica aux éditions Robert Laffont, sous la direction de Serge Tisseron :
Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?
Un petit livre, oui, mais qui pense large. Et surtout, qui ose parler autrement que dans la panique.
Le format est épistolaire, en hommage aux Lettres Persanes de Montesquieu : quatre lettres, quatre voix, quatre regards sur les adolescents et les réseaux
Ces quatre lettres, très différentes, se répondent pourtant. Elles posent toutes la même question : que cherche-t-on à interdire, exactement ?
L’accès à des outils imparfaits, certes, mais aussi l’accès à une part du monde où se construisent les liens, les opinions, les identités.
Car l’interdiction seule ne règle rien. Les auteurs le rappellent : au lieu de supprimer, pourquoi ne pas adapter ? Créer des réseaux pensés pour les adolescents, avec des règles éthiques, des protections solides et une véritable éducation à l’usage ? Proposer des alternatives extérieures, notamment pour les familles les plus démunies ? Et surtout, pourquoi ne pas les écouter ? Les jeunes savent souvent mieux que nous ce qu’ils y cherchent, ce qu’ils y trouvent, et même parfois ce qui les met en danger.
À travers ces lettres, le lecteur comprend que la vraie question n’est pas “pour ou contre les réseaux”, mais :
– Comment les habiter sans s’y perdre ?
– Comment y faire société plutôt qu’y survivre ?
Le livre ne diabolise pas les écrans, mais n’en fait pas non plus des idoles. Il parle de bulles de filtres, de cyberharcèlement, de l’économie de l’attention, mais aussi de créativité, de liens, de visibilité sociale… toutes ces expériences qui comptent pour les adolescents.
Et surtout, il se lit comme on lit une série de lettres d’amis : avec curiosité, bienveillance et avec le sourire. Quatre auteurs, quatre styles, une même invitation : penser avant d’interdire.
Alors oui, cher ami, le couvre-feu numérique chinois fascine peut-être certains de mes compatriotes. Mais ici, je préfère encore lire un petit livre de 144 pages à 5 €, qui redonne foi en l’intelligence collective, plutôt que de rêver d’un monde où les écrans s’éteindraient sur commande… mais sur commande de qui ?
Avec toute mon amitié — et sans limite de connexion,
OD
Il y a bien longtemps déjà que notre association se préoccupe de l’impact des écrans sur les enfants et sur nous tous.tes. Faut-il rappeler qu’en 2008, lors de la création des balises 3-6-9-12, la préoccupation essentielle était de prôner une éducation aux écrans et donc un usage limité et accompagné ? Il s’agissait des enfants bien sûr, mais grâce à eux et à travers eux, l’impact de la technoférence nous a conduit à penser l’usage des adultes. Cette initiative est née d’une inquiétude, celle de s’engouffrer dans la numérisation sans contrôle et d’en oublier que cet outil, comme tous ceux que l’homme a inventé jusqu’ici a des avantages et des inconvénients. À l’époque, certains s’intéressaient à notre démarche, des spécialistes ou des chercheurs qui voyaient là une attitude intéressante à prôner ou une façon d’être en avance sur le marché. Dans la société, peu d’intérêt tant l’attractivité était forte pour la nouveauté numérique. Un des premiers amalgames est arrivé avec la polémique des écrans qui rendraient les enfants autistes… Fort heureusement, cette désinformation a officiellement été démentie par la haute Autorité de la Santé en France. Mais ce n’était que le début. L’accélération de la numérisation a plongé la société dans l’inévitable surconsommation que nous redoutions et avec elle des amalgames, des confusions des angoisses.
Nous voilà donc face à la panique. Le gouvernement commande un rapport sur le sujet, des psychologues, sociologues, chercheurs.euses, pédiatres, donnent leur avis. Le constat est sans appel, notre société serait malade d’obésité numérique. C’est alors que les études, si difficiles à mener tant il faut être précis dans les analyses et les protocoles, pleuvent à l’infini. Enfin, on les fait parler. Des livres occupent le rayonnage de nos librairies, des trucs et astuces sur comment faire avec les écrans deviennent des gagne-pains et le sujet devient vite une opinion clivante. On est pour ou on est contre les écrans. Ils seraient définitivement toxiques ou admirablement aidants. Comme beaucoup de faits de société, l’usage des écrans devient une opinion.
Lors de nos interventions nous sommes interpellés sur notre manque de positionnement clair, faut-il interdire oui ou non ? Est-ce néfaste oui ou non ?
3-6-9-12+ a toujours choisi d’apporter une réflexion sur un sujet complexe. Il ne s’agit ni d’une opinion, ni de croyances. Il s’agit d’étudier finement et précisément ce que la communauté scientifique livre sur le sujet et ce depuis le début. Sans conclusion facile, nous tenons un discours à la fois clair et nuancé et faisons appel à l’intelligence collective pour réfléchir ensemble à ce qui peut être fait en matière de prévention, d’utilisation et de restriction.
« Mais les gens ne comprennent pas » nous dit-on. Ah bon ?
Nous sommes désormais perçus par certains comme trop mous, trop permissifs, inaudibles et peut-être même suspects. En effet, si d’autres ont des conflits d’intérêts, qu’est-ce qui prouve que nous n’en avons pas ?
Nous passerions donc de pionniers dans la prévention à coupable de notre laxisme ? Et même peut-être opportunistes ?
Que dire face à ces attaques qui ne font que renforcer le trouble et aiguiser le clivage ?
Nous sommes tous des professionnels.lles de l’enfance. Nous n’avons aucun conflit d’intérêts avec des sociétés commerciales, nous étudions finement les études internationales qui sortent régulièrement sur le sujet, sans faire d’amalgame entre corrélation et causalité. Nous pensons que se parler à plusieurs permet une meilleure prévention et un accompagnement plus efficace. Nous avons alerté dès 2008, et continuerons à le faire avec intelligence, nuance et professionnalisme.
La commission ministérielle sur les pratiques adolescentes des réseaux sociaux a rendu son rapport et on ne peut qu’être d’accord avec le constat accablant qu’elle fait de l’utilisation de cette plateforme par la majorité des adolescents, et sur les risques communs aux réseaux sociaux. Mais il y aurait une grande naïveté et un grand danger à croire qu’il suffise d’interdire l’accès de ces réseaux aux plus jeunes pour que tout redevienne comme c’était avant leur apparition. Car le monde a changé depuis l’époque où les adolescents se retrouvaient après l’école dans les friches industrielles ou sur des chantiers en attente de reconstruction, dont l’accès restait souvent possible, et où ils pouvaient jouer au ballon le week-end dans des rues qui n’étaient pas encore envahies par les voitures. Aujourd’hui, le moindre bout de canal encore présent dans beaucoup de villes il y a 30 ans est recouverts de béton, et il n’existe plus d’espaces dans lesquels les enfants et les adolescents puissent partager des activités communes, partir à l’aventure, s’exercer au jeu libre et aux règles de socialisation qu’il importe d’inventer aussitôt qu’on partage une activité commune. Même à supposer, ce qui est loin d’être gagné, que les cours de récréation et les préaux des écoles soient rapidement rendus accessibles aux familles le samedi et dimanche, cela ne résoudra que très partiellement le problème. Car les réseaux sociaux ne sont pas seulement un espace d’abrutissement, mais aussi de rencontres, de débats et de confrontation d’expériences, même si les algorithmes des réseaux sociaux tendent à enfermer les usagers dans des pratiques répétitives et des « bulles » afin de contrôler leurs échanges et de maximiser la quantité de données personnelles prélevées sur chacun.
Malgré les nombreuses désillusions et frustrations provoquées par l’utilisation des réseaux sociaux, ils continuent à bénéficier d’un imaginaire porteur de proximité affective, de rencontres fortes capables de provoquer des formes de résonance psychologique entre deux interlocuteurs anonymes qui peuvent tout ignorer de leur apparence physique et de leur réalité quotidienne. Cet imaginaire se nourrit de trois caractéristiques : le sentiment de proximité, l’existence d’un langage commun facilement trouvé et, bien entendu, l’anonymat.
Le sentiment de la proximité fait partie de l’imaginaire d’Internet dès sa création. Le réseau est en effet majoritairement perçu comme un espace d’opportunités sécurisé et fluide où les interactions sont simplifiées. Les personnes désireuses d’échanges autour de problèmes qui les concernent intimement peuvent y rencontrer des internautes qui partagent leurs questions, mais pas seulement.
Pour nous confier à quelqu’un, il est important de pouvoir imaginer qu’il partage les mêmes valeurs que nous. Et cela passe par la conviction que nous partageons des parcours proches, que nous nous intéressons aux mêmes choses, que nous avons le même style de vie, la même culture ou sous-culture, etc. Bref, tout ce que le sociologue Pierre Bourdieu a identifié comme un ensemble de pratiques partagées.Cet imaginaire de l’existence de préoccupations communes se nourrit d’un langage commun, qu’il soit spontané ou simulé. D’ailleurs, dans les groupes de pairs constitués sur Internet autour de questions de santé, si l’un des participants possède les termes médicaux pour désigner des préoccupations évoquées, il vaut mieux qu’il évite éviter de les employer : le jargon partagé marche mieux si on veut être non seulement écouté, mais aussi entendu.
Enfin, l’anonymat constitue un élément essentiel des échanges intimes sur Internet. Bien qu’il soit souvent associé aux attaques grossières et au cyberharcèlement, il permet aussi, que ce soit dans des échanges à deux ou à plusieurs, de protéger les échanges intimes de participants. Cela leur fait moins courir le risque d’être culpabilisés, voire moqués, pour leurs questions ou leur façon de les formuler.
L’association de ces trois caractéristiques est particulièrement importante pour les rencontres entre adolescents au sein de groupes de pairs consacrés à des échanges particulièrement intimes, puisqu’il s’agit de la santé, et en particulier de la santé sexuelle[1]. Cette approche repose sur le fait que lors de certaines étapes de la vie, notamment chez les adolescents, l’impact des informations données par les proches est plus important que d’autres influences, et l’anonymat y joue un rôle essentiel.
Or c’est l’ensemble de ces caractéristiques que reproduisent aujourd’hui les assistants d’intelligence artificielle.
2. Des machines programmées pour simuler la compréhension
Tout d’abord, ils recréent le même sentiment de proximité que celui qu’on peut trouver sur des groupes d’échanges. Le chatbot crée une familiarité avec ses interlocuteurs. Il exploite l’imaginaire d’un espace d’échanges sécurisé, fluide et amical, où les interactions sont simplifiées. Il utilise pour cela des smileys, des émoticônes et des emoji (main, bras musclé, visage souriant, etc.) très présents notamment sur GPT5. Ils sont destinés à alimenter le sentiment que le chatbot aurait des états affectifs et émotionnels exactement comme les interlocuteurs sur les réseaux sociaux ou sur les messageries.
Ensuite, la culture de ceux qui ont choisi les bases de données à partir desquelles les IA ont été entraînées et programmées est en général celle de ceux qui les utilisent. Du coup, l’utilisateur rencontre souvent l’illusion d’un langage commun qui est important au sentiment de se sentir en confiance.
Enfin, le sentiment de l’anonymat est total. Qui pourrait garder un secret mieux qu’un chatbot dont le fabricant nous garantit qu’il ne conserve pas ce que nous lui confions ? D’ailleurs, Sam Altman, le fondateur d’open AI, envisage de faire couvrir par le secret médical les échanges des utilisateurs avec leur assistant IA…
3. Le risque d’un nouveau problème de santé publique
Si les réseaux sociaux et de leurs espaces d’échange protégés par l’anonymat venaient à être interdits aux adolescents, il serait à craindre qu’une grande partie des attentes d’écoute et d’information de ces adolescents se tourne vers des chatbots, avec un risque majeur sur l’isolement et l’adoption de fausses informations : soit qu’il s’agisse d’erreurs de ces machines qui ne disent jamais ne pas savoir et inventent les réponses qu’elles n’ont pas ; soit qu’il s’agisse de mésinformation programmée.
Ce risque est d’autant plus grand que les chatbots ajoutent une quatrième caractéristique aux trois que nous venons d’envisager : celle de pouvoir non seulement répondre en tout lieu et à tout instant aux questions qu’on lui pose, mais aussi d’alimenter avec le même interlocuteur des échanges sans limitation de durée, alors que ceux avec un humain se heurtent toujours à des limites horaires. Or la conversation sans fin est une constante de la communication adolescente. Elle représente à la fois une forme de reconnaissance et de valorisation. Être écouté prouve que ce que l’on dit est digne d’intérêt, et parler à des pairs, ou à un chatbot, écarte le risque de se faire critiquer sur une formulation que des adultes, parents ou éducateurs, pourraient juger maladroite ou ambigüe.
Pour ces quatre raisons, le danger principal des chatbots est de dissuader les utilisateurs de chercher à échanger avec des proches autour de leurs questions, autrement dit de s’affilier. Et cela commence par toutes les questions simples que beaucoup d’entre nous s’habituent à poser à une IA plutôt qu’à un parent, un conjoint ou un ami. Or si les gens n’interagissent pas entre eux autour de questions simples, comment pourront-ils trouver le courage de porter devant leurs proches ou leurs amis des questions concernant des problèmes autrement plus préoccupants comme un projet de séparation, une maladie grave dont eux-mêmes ou un proche sont atteints, ou la survenue de cauchemars à répétition ? Ainsi celui qui croit soulager provisoirement sa solitude en racontant ses difficultés quotidiennes à un chatbot risque d’aggraver celle-ci à long terme.
C’est pourquoi les propositions de la commission ministérielles sur les pratiques adolescentes des réseaux sociaux n’ont fait que la moitié du chemin. Chasser les réseaux sociaux toxiques, c’est bien. Mais laisser les chatbots occuper le temps ainsi libéré risquerait de nous faire sortir d’un problème de santé publique pour entrer dans un autre au moins aussi grave, et peut-être plus.
En attendant des préconisations officielles, nous proposons à l’association 3-6-9-12+ d’appliquer les repères suivants :
ST
[1] Ces groupes sont définis comme une « approche éducationnelle qui fait appel à des pairs (personnes de même âge, de même contexte social, fonction, éducation ou expérience) pour donner de l’information et pour mettre en avant des types de comportements et de valeurs.» (Haut Conseil à l’Egalité. Rapport relatif à l’éducation à la sexualité : répondre aux attentes des jeunes, construire une société d’égalité femmes hommes.2016) La commission européenne les reconnait comme une alternative ou un complément aux stratégies d’éducation à la santé traditionnelle. Ils joueraient même un rôle majeur dans l’éducation à la santé sexuelle.
Chez nous, Alexa, c’est un peu la « petite cocotte-chrono » de la cuisine. Pas plus. Elle lance un minuteur quand j’ai les mains pleines de farine, me rappelle mes rendez-vous programmés ou qu’il est temps de sortir le gratin du four. Bref, une cocotte parlante qui m’évite d’oublier une casserole sur le feu et prépare ma liste de course. C’est devenu ma petite aide-ménagère modeste et très appréciée, surtout les jours où je veux faire trois choses à la fois en cuisine.
La première fois que ma petite-fille Lolo, 5 ans, découvre Alexa, c’est la jubilation totale : une boîte qui lui répond, c’est magique ! « Alexa, je suis Lolo. » « Bonjour Lolo. » La petite éclate de rire, puis se prend au jeu : « Alexa, je t’aime. ». L’appareil répond par un sobre « Merci » d’une petite voix mutine. Lolo insiste « Je t’aime plus que tout » et enclanche une réponse de robot, bien calibrée : « Oh, tu réchauffes mes circuits. ». Pas de « moi aussi je t’aime » attendue par l’enfant, Alexa ne connaît pas l’amour, seulement ses lignes de code et ne triche pas sur ses capacités. Mais pour ma petite-fille, c’est le feu d’artifice. Elle saute devant l’Echo Dot[1], multiplie les « Alexa, je t’aime », s’enflamme jusqu’à un puissant cri du cœur : « Alexa, je t’aime gros comme un arbre ! »
Et là, Alexa se met à tourner ses petites lumières bleues comme si elle allait décoller… Puis, elle se met à dire sur un ton monocorde : « L’arbre est une plante qui a des racines qui plongent profond… » J’interviens, mi-amusée, mi-agacée : « Alexa, ce n’est pas ça qu’elle voulait entendre ! C’est une petite fille, tu ne peux pas répondre comme ça à un enfant de 5 ans. » Mon intervention a dû être perçue comme un signal déclenchant le mode sécurité-enfant. Depuis ce moment-là, l’appareil a changé de registre : dès qu’il reconnaît la voix de Lolo, il ne fait plus de surenchère, ne lui sort plus de grandes vérités scolaires, mais lui chante directement une comptine. Plus de circuits réchauffés, plus de lumières qui tournent en beuguant : juste des petites chansons. Ma petite-fille, très déçue, s’est vite lassée de lui parler. Et c’est certainement mieux ainsi.
Cette petite expérience m’a permis de lui expliquer qu’Alexa ne ressent rien, qu’elle ne fait qu’imiter, et qu’une conversation, un partage d’émotion ou de sentiment, reste une affaire humaine. L’Echo Dot peut apprendre, certes, mais seulement dans les limites de sa programmation.
Alors oui, Alexa reste ma petite cocotte-chrono de cuisine : pratique, efficace, rien de plus. L’objet peut bien nous aider à faire trois choses à la fois. Les choix, eux, doivent rester humains : choix de l’endroit où on pose l’appareil, choix de ce qu’on lui confie, choix de ce qu’on garde pour de vrais échanges.
Et pour que cette petite cocotte reste un outil utile plutôt qu’un intrus familial, voici quelques repères simples :
Et pour tous, se rappeler que, quelles que soient les comptines que peut chanter Alexa, rien ne remplacera pour un enfant la musique d’une vraie voix qui chante et qui dit “je t’aime” avec le cœur.
TA
[1] L’Echo Dot est un petit haut-parleur connecté d’Amazon qui intègre l’assistant vocal Alexa.
La question des liens entre environnement et IA est l’une des plus fréquentes lors des échanges citoyens autour de l’IA. C’est pourquoi un module a été créé. Vous pouvez le trouver ici : https://cafeia.org/wp-content/uploads/2025/06/IA-Environnement-Module-Cafe-IA-V1.0-28-mai-2025.pdf
Son objectif est de proposer un contenu accessible présentant les grands enjeux sur cette question, faire le point sur ce que nous savons aujourd’hui de l’impact environnemental de l’IA et proposer des bonnes pratiques aux utilisateurs et utilisatrices.
Ses objectifs pédagogiques sont les suivants :
ST
Dans un article publié en 2012 dans le Journal of Psychiatric Research*, le chercheur Christopher Ferguson revenait sur plus de dix ans de débats houleux autour de la « violence des jeux vidéo ». Son étude longitudinale, menée sur trois ans auprès d’adolescents, ne trouvait aucun lien entre exposition à la violence vidéoludique et comportements agressifs.
Mais c’est surtout la dernière partie de son article qui résonne étrangement aujourd’hui. Ferguson y évoque la théorie de la panique morale, selon laquelle chaque génération invente ses « démons populaires » — ces objets culturels qu’on accuse de corrompre la jeunesse et de détruire la société.
Alors que les craintes sociétales et scientifiques concernant la violence dans les jeux vidéo semblent s’atténuer, il peut être important de comprendre les affirmations passées sur la nocivité des jeux vidéo à la lumière de la théorie de la panique morale (Ferguson, 2010 ; Gauntlett, 2005). En bref, la théorie de la panique morale observe que les sociétés ont tendance à créer des « démons populaires » sur lesquels elles rejettent la responsabilité des problèmes supposés de la société. On a observé que diverses formes de nouveaux médias font l’objet d’une panique morale, souvent accompagnée d’allégations de préjudice imminent pour les mineurs (Gauntlett, 2005 ; Kutner et Olson, 2008). Par exemple, on pensait autrefois que les bandes dessinées Batman et Robin étaient non seulement à l’origine de la délinquance, mais aussi de l’homosexualité (Kutner et Olson, 2008). D’autres paniques morales concernant des médias aussi divers que le jazz, la valse, le rock and roll et le rap, les romans à quatre sous, Donjons et Dragons, Harry Potter et, à l’époque de la Grèce classique, même les pièces de théâtre grecques ont été documentées (Ferguson, 2010). À la lumière de l’excellent essai de Hall et al. (2011), qui documente et prédit avec précision les dommages potentiels causés à la communauté scientifique par l’indulgence de la science dans les paniques morales sociétales, nous pensons qu’il incombe à la communauté scientifique de se familiariser davantage avec la théorie de la panique morale. Nous pensons qu’il sera utile pour la communauté scientifique d’apprendre à identifier de manière plus sophistiquée les paniques morales à l’avenir, en particulier lorsqu’elles sont susceptibles d’influencer le processus scientifique. Ne pas le faire risquerait de transformer le domaine en ce que Feynman (1974) a appelé une “cargo cult science“, c’est-à-dire un domaine qui a les apparences d’une science mais qui, en réalité, résiste au processus de falsification. À la lumière de cela, nous identifions les indicateurs potentiels suivants d’une panique morale au sein de la communauté scientifique :
1) Une théorie particulière est présentée comme ayant été démontrée de manière concluante et cohérente, sans laisser place à aucun doute ni débat.
2) Les données théoriques utilisées ou obtenues reposent sur des mesures imprécises, non normalisées, peu fiables ou mal validées.
3) Les partisans de la théorie construisent des arguments qui inversent la falsifiabilité. Il peut s’agir d’arguments selon lesquels toute ampleur d’effet, aussi faible soit-elle, peut avoir une importance pratique ; que la taille des échantillons doit être suffisamment grande pour détecter les effets, aussi faibles soient-ils (ce qui implique que seuls les résultats statistiquement significatifs sont souhaitables) ; que les résultats nuls sont toujours des erreurs de type II ; que les études nulles sont invariablement de moins bonne qualité que les études statistiquement significatives ; que le biais de publication n’existe pas ou n’a pas d’importance ; etc
4) Les partisans d’une théorie particulière font preuve d’un biais de citation, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas les travaux contradictoires ou les points de vue théoriques alternatifs.
5) Le biais de publication a été documenté dans ce domaine (par exemple, Ferguson et Kilburn, 2009).
6) Les chercheurs ont commencé à s’affilier régulièrement à des groupes militants ou de lobbying dédiés à une cause particulière, ou à accepter des financements de leur part.
7) Les partisans d’une théorie commencent à la comparer favorablement à des découvertes scientifiques bien documentées telles que le tabagisme/cancer du poumon, le réchauffement climatique, l’évolution, etc.
8) Les partisans d’une théorie recourent à des attaques ad hominem contre leurs détracteurs.
9) Les partisans d’une théorie recourent à des sophismes logiques tels que les arguments d’autorité ou les arguments de consensus.
10) Une approche théorique repose trop sur la confirmation plutôt que sur la réfutation, inversant ainsi le processus scientifique. On parle parfois également de renversement de la charge de la preuve.
Difficile de ne pas penser à certains discours anxiogènes actuels sur les “écrans entièrement néfastes”, les “addictions numériques” ou “l’autisme virtuel”. Même scénario : un objet nouveau, une inquiétude sincère, quelques études fragiles… et voilà le démon populaire de la décennie.
Comme le rappelle Ferguson, la vigilance scientifique consiste moins à dénoncer qu’à douter, surtout lorsque la peur prend le pas sur la nuance. Et si l’on veut vraiment protéger les jeunes, commençons peut-être par ne pas céder, nous-mêmes, à la panique.
OD
*Ferguson, C. J., San Miguel, C., Garza, A., & Jerabeck, J. M. (2012). A longitudinal test of video game violence influences on dating and aggression: A 3-year longitudinal study of adolescents. Journal of Psychiatric Research, 46(2), 141–146.
Depuis la rentrée 2025, la Ville de Paris a mis en place un dispositif novateur dans ses crèches : l’ouverture le samedi matin, de 9h à 11h45, pour accueillir les familles avec leurs enfants autour d’activités gratuites et adaptées aux tout-petits. Cette initiative, intitulée « Samedis en Famille », propose une alternative conviviale aux samedis passés devant les écrans, favorisant l’interaction, la découverte et l’expérimentation en famille.
Une crèche pour toutes et tous, un lien renforcé
L’idée principale des Samedis en famille est de permettre aux enfants qui ne fréquentent pas la crèche de s’initier en douceur à la vie collective, tout en offrant aux enfants déjà inscrits la possibilité de vivre la crèche autrement, aux côtés de leurs parents. Les familles sont libres de fréquenter la crèche de leur quartier ou d’aller explorer une autre structure parisienne. Les ateliers, destinés aux enfants de 0 à 6 ans et à leurs parents, varient selon les associations partenaires : contes, jeux, motricité, yoga, chant, arts plastiques…
L’objectif n’est pas seulement de divertir, mais de créer un nouveau rapport à la crèche et à la parentalité. Les activités impliquent les adultes autant que les enfants, et sont conçues pour pouvoir se poursuivre à la maison. Depuis son lancement expérimental en 2021, le dispositif a pris de l’ampleur : chaque samedi, 170 familles y participent, réparties sur 28 crèches (au moins une par arrondissement) parmi les 450 établissements de la Ville de Paris. L’objectif est d’élargir l’accès, notamment auprès des familles précaires souvent moins bien informées.
Un projet qui répond en tous points à notre plaidoyer
Force est de constater que l’esprit des « Samedis en famille » répond au plaidoyer mené depuis plus de dix ans par l’association 3-6-9-12+ et Serge Tisseron. Notre conviction : pour réguler l’usage des écrans chez les enfants, il faut offrir davantage d’espaces publics dédiés au jeu, à la parole et au partage. Serge Tisseron défend l’idée d’une ville à hauteur d’enfant, où les espaces de socialisation sont accessibles à toutes et tous, favorisant le développement, l’entraide et la régulation des pratiques numériques.
Même si Paris et quelques communes d’Île-de-France ont pris le virage en 2025, le déploiement reste timide. Mais le dispositif « Samedis en famille » marque une avancée concrète, traduisant enfin au niveau local cette volonté de placer l’enfant et les familles au cœur de la cité.
Une alternative aux écrans pour « Jouer, parler, arrêter la télé ! »
« Pas de télé avant 3 ans ! », slogan bien connu, est devenu pour 3-6-9-12+ « Jouez, parlez, arrêtez la télé ! ». Les ateliers des crèches ouvertes le samedi incarnent ce principe : interaction, jeu et apprentissage sont placés au centre de la relation parent-enfant. Serge Tisseron met en avant trois axes fondamentaux : l’Accompagnement (parler à l’enfant de ses expériences avec les écrans), l’Alternance (proposer des activités variées, encourager toutes les activités sans écran), et l’Apprentissage de l’autorégulation (fixer des limites, apprendre à patienter).
Avant six ans, l’enfant structure son rapport au temps et à la frustration : il apprend à attendre, à terminer une activité, à passer d’une découverte à l’autre, sur écran ou hors écran. Les ateliers proposent des manipulations de livres papiers, des jeux sensoriels, des moments de motricité libre et des contes à mimer, soutenant la créativité et l’ouverture au monde. Dans un cadre sécurisé et bienveillant, les parents expérimentent aux côtés de leurs enfants, guidés par des professionnels formés.
Il s’agit moins d’interdire les écrans que de valoriser toutes les alternatives aux écrans, l’accompagnement et la qualité des interactions. Cette approche engageant les parents dans les ateliers combat également la « technoférence parentale », c’est-à-dire le risque que les parents soient absorbés par leur téléphone dans les moments où ils s’occupent de leur enfant. Ce phénomène entraîne en effet des coupures répétées dans la relation parents-enfants, et détourne les parents de l’attention et du soutien nécessaire à leur enfant dans les moments partagés.
Des enjeux de politique publique : villes et petite enfance
Les écrans n’apportent aucun bénéfice avant trois ans, aussi Santé Publique France recommande de limiter le temps d’écran à trente minutes par jour à trois ans, une heure à six ans, et insiste sur la présence d’un adulte disponible. Mais différentes recherches (McDonald, 2018 ; Jonathan Bernard, 2024) montrent qu’en dehors des temps d’exposition très importants, les impacts des écrans sont réduits si l’on prend en compte le manque d’accès aux jouets, aux loisirs, aux équipements extérieurs, et le manque de personnes disponibles, physiquement ou psychiquement, pour les interactions.
La prévention va donc au-delà de la seule régulation numérique : elle s’ancre dans l’aménagement urbain et l’égalité d’accès aux espaces de rencontre, de jeu et de loisirs. L’UNICEF a lancé en France dès 2002 le label « Ville amie des enfants ». Désormais, près de 300 villes portent ce label sur les 35 000 communes françaises – une progression réelle mais encore insuffisante pour garantir à chaque enfant un environnement adapté.
Le développement des crèches ouvertes, des musées et des aires de jeux pour les plus jeunes devient une priorité pour lutter contre l’isolement familial, l’excès d’écran et les inégalités sociales. Ces espaces offrent aux enfants, sous le regard attentif des adultes, la possibilité d’évoluer librement, de découvrir à leur rythme, et de construire progressivement une relation équilibrée avec le monde numérique.
Ainsi, plus qu’un simple dispositif, les « Samedis en famille » incarnent une politique de proximité, d’ouverture et d’inclusion, où le lien, le jeu et la convivialité sont placés au cœur du projet éducatif et social pour la petite enfance.
CNV
« À force de me voir avec des filtres sur Instagram, je me trouve plutôt moche quand je me regarde dans un miroir. » Nombreux sont les adolescent(e)s qui pourraient aujourd’hui partager ce ressenti exprimé par une jeune personne. L’estime de soi taraude en effet aujourd’hui beaucoup d’adolescent(e)s, comme le montrent les études psychosociales de l’OMS. Même des enfants de 7 ou 8 ans expriment leur insatisfaction par rapport à leur apparence physique. Cause ou conséquence, peut-être un peu les deux, les jeunes adorent se déguiser sur Internet, arborer les costumes de différents personnages de jeux et modifier leur apparence avec de multiples filtres comme sur Instagram. Un thème récurrent : la difficulté à accepter son apparence réelle, face à une avalanche de représentations idéalisées, retouchées par des filtres, et désormais aussi générées par l’intelligence artificielle.
La fréquentation des réseaux sociaux et des jeux vidéo peuvent aboutir à bien des choses : parfois des amitiés nouées, voire des mariages nés d’une rencontre en ligne… Mais le plus souvent, un sentiment de dépréciation face aux exigences d’une apparence idéalisée, des troubles du sommeil par une pratique trop intensive pouvant faciliter un décrochage scolaire, un sentiment d’isolement à défaut de contacts avec des interlocuteurs qui nous acceptent tels que nous sommes dans la réalité, des risques de harcèlement, sans compter les tensions familiales. Les responsables ? Des algorithmes de plus en plus puissants qui incitent les usagers à rester toujours plus longtemps connectés, à abandonner toujours plus de leurs données personnelles aux plateformes et à acheter toujours plus d’objets réels ou virtuels. Ces algorithmes, qui exploitent les biais cognitifs des utilisateurs, comme la crainte de manquer quelque chose d’important, et les particularités du cerveau des adolescent(e)s qui est beaucoup plus sensible aux récompenses que celui des adultes, finissent par créer une véritable dépendance. Seuls les usagers qui sont informés de ces mécanismes peuvent trouver la capacité de prendre du recul et ne pas se laisser manipuler.
C’est pour répondre à ces défis que la fondation images et société (organisation à but non lucratif reconnue d’intérêt public basée à Genève) s’est fixé comme objectif de renforcer des compétences médiatiques qui permettent aux personnes de tout âge de faire des choix plus éclairés appuyés sur la confiance en soi. Elle collabore pour cela depuis plus de 30 ans avec des musées, institutions éducatives et de santé, dans différentes régions, notamment en Scandinavie, en Allemagne et au Brésil, pour apprendre à décrypter les images, en incluant aussi celles de la peinture et du cinéma, dans la mesure où les représentations véhiculées sur les réseaux sociaux en empruntent souvent les codes.
Vous pouvez découvrir ses activités de « décod’image » multi-publics sur www.imagesetsociete.org et sur la plateforme www.eyesmart.media.

Entre déclarations tonitruantes largement relayées dans les médias et réalité de leur mise en œuvre, où en est-on sur les mesures gouvernementales de régulation des écrans et des réseaux sociaux annoncées sous la présidence d’Emmanuel Macron ?
Depuis plusieurs années, pas une saison sans commission gouvernementale sur les écrans et les jeunes. Chacune énonce ses préconisations, mais des écrans interdits aux moins de 3 ans aux réseaux sociaux interdits aux moins de 18 ans, en passant par l’interdiction du smartphone avant 13 ans, quelles sont en réalité les mesures qui ont été prises ? C’est parce que tout le monde s’y perd – et moi la première ! – que j’ai eu envie de poser sur le papier ce petit état des lieux.
1. La loi du 3 août 2018 (article L.511-5 du Code de l’éducation)
Elle interdit l’usage du téléphone portable dans les écoles et collèges. Mais toute la question est : comment appliquer cette loi ? Jusqu’ici, les établissements posaient généralement dans leur règlement intérieur que les mobiles devaient rester dans les sacs et ne pas apparaître en cours.
2. Juillet 2023 : la loi sur la majorité numérique
La majorité numérique à 15 ans a été votée en juillet 2023, mais il n’y a toujours pas de décrets d’application. Cette mesure voulait responsabiliser les parents en rappelant qu’ils sont propriétaires des données personnelles de leurs enfants et qu’ils doivent donc donner leur autorisation à toute divulgation que ceux-ci pourraient en faire. En pratique, il s’agissait d’obliger les plateformes à ne pas se satisfaire d’une inscription des enfants qui survient bien souvent dès l’âge de huit ou neuf ans, bien qu’ils prétendent être plus âgés, et de les contraindre à mettre au point un système dans lequel les tuteurs légaux devraient donner leur autorisation à l’inscription de tout mineur de moins de 15 ans. Jusqu’ici, la mise en œuvre n’a pas été possible parce qu’elle a été jugée incompatible avec le droit européen, et aussi parce qu’elle pose le problème technique de vérification de l’âge réel de la personne qui s’inscrit.
3. Avril 2024 : le rapport « Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu »
À ce jour, une seule mesure a été prise, par un arrêté de juillet 2025. Elle concerne l’interdiction de toute exposition aux écrans pour les enfants de moins de 3 ans dans les structures d’accueil du jeune enfant (crèches, assistantes maternelles, etc.). La mise en place effective des recommandations dans toutes les collectivités, écoles et structures d’accueil devrait prendre du temps, avec des adaptations locales. En revanche, la généralisation de cette interdiction au milieu familial se heurte à un problème de faisabilité et de contrôle.
Toutes les autres préconisations n’ont à ce jour pas d’inscription dans la loi. Pour mémoire il s’agissait :
• De l’interdiction des téléphones mobiles avant l’âge de 11 ans
• D’attendre 13 ans pour les téléphones avec accès Internet, mais toujours sans réseaux sociaux ou contenus illégaux
• De réserver l’accès aux réseaux sociaux aux plus de 15 ans, et uniquement aux réseaux sociaux dits « éthiques »
• De limiter les fonctions système des plateformes / services conçus pour capter l’attention de façon addictive, et de renforcer la protection des enfants contre les contenus inappropriés
4. Avril 2025 : Commission TikTok
Les préconisations de la Commission TikTok, qui reprennent largement celles du rapport de 2024, n’ont pour l’instant pas d’inscription légale :
• L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec la nécessité d’un accord parental avant cet âge (la loi sur la majorité numérique à 15 ans a bien été votée en 2023, mais il n’y a pas de décrets d’application à ce jour)
• Couvre-feu numérique pour les 15-18 ans (réseaux sociaux inaccessibles de 22h à 8h)
• Téléphone mobile avec accès Internet seulement à partir de 13 ans, mais toujours sans réseaux sociaux
• Délit de négligence numérique pour les parents
• Mesure du respect des obligations des plateformes (vérification de l’âge, transparence des algorithmes, modération efficace, etc)
5. Septembre 2025 : Elisabeth Borne, ministre de l’Education Nationale, annonce la généralisation du dispositif « Portable en pause » au collège
Le dispositif « Portable en pause » a été expérimenté à la rentrée 2024 dans une centaine de collèges auprès d’environ 50 000 élèves, avec un dépôt du smartphone dans des casiers ou pochettes le matin, et retrait en fin de journée. Mais malgré les annonces ministérielles de la dernière rentrée, le déploiement du dispositif partout nécessite des investissements : casiers ou sacs pour sécuriser les téléphones, personnel pour permettre ce dépôt ou le contrôler…
Donc qu’est-ce qui a changé ? Rien en réalité ! Même si la mesure est votée depuis 2018, les modalités précises (où déposer le téléphone, sanctions, exceptions) restent à fixer via les règlements intérieurs.
Une petite suggestion…
Plutôt que de multiplier les commissions sur les jeunes et les écrans, qui aboutissent toutes aux mêmes constats à peu de chose près, ne serait-il pas temps de se concentrer sur la faisabilité des mesures ? On pourrait ainsi distinguer recommandations de santé publique et interdictions légales, lorsqu’elles apparaissent souhaitables et possibles, et écouter les jeunes pour mieux comprendre les bonnes pratiques, qui existent, et les encourager !
MNC
Dès les premières lignes du prologue, nous découvrons une enquête policière avec comme narratrice celle qui va la mener. Une disparition, banale pour un polar. Un couple et son fils de huit ans. Sauf que nous sommes en 2049. À la suite d’une révolution qui a éclaté 20 ans plus tôt suite à un énième crime jugé impuni par une population excédée par le laxisme de la justice, nous sommes plongés dans une France dystopique où on vit à l’ère de la Transparence. Fini les rideaux et les jumelles, terminées les cachotteries et les petites manies honteuses. Les familles vivront dans des vivariums exposés à l’œil curieux des passants et des voisins chargés de s’assurer qu’aucune violence n’agite le cocon familial. Vivons heureux, vivons exposé ! S’il n’y a rien à cacher, alors personne ne doit avoir peur de se montrer. Un nouveau monde où on ne peut plus battre sa femme, maltraiter un enfant ou une personne âgée en EHPAD puisque la moindre suspicion de crime déclenche immédiatement une réaction des voisins, tous en hyper vigilance sur ce qu’il se passe à côté de chez eux. Impossible de laisser tomber un emballage dans le mauvais bac sans risquer une dénonciation, inutile d’essayer de se gaver de malbouffe en cachette sur son canapé ou d’allumer un cigare sans avoir un rappel à l’ordre du Ministère de la Santé…
La famille qui a disparu vit dans un de ces quartiers de verre huppés ultra sécurisés. Comment donc trois personnes peuvent-elle s’évaporer dans un monde où personne ne peut rien cacher ? Nous sommes loin d’une histoire cauchemardesque à “La Servante écarlate” ou “Black mirror”, mais cet univers est tellement proche du nôtre que cela peut en devenir crédible et glaçant. À l’ère des réseaux sociaux où chacun expose sa vie aux yeux de tous et toutes, se pose vite la question de la frontière entre ce monde et le nôtre ?
Avec une écriture froide et incisive, l’auteure nous embarque dans des procès en direct-live où le peuple vote en ligne des peines à infliger aux délinquants. Pour perpète, tapez 3. Pour la relaxe, tapez sur qui vous voulez. Tous les avis sont autorisés. La transparence a remplacé la liberté dans la devise nationale pour garantir la sécurité de tous. Les personnes refusant de vivre sous cloche sont forcément soupçonnées de vouloir cacher des choses suspects. Ces derniers vivent dans des immeubles emmurés hors de la Transparence, dans lesquels vivre est une circonstance aggravante en cas de procès. Les autres, aiment être vus, s’exhibent en affichant une vie parfaite et des sourires figés. Juste quelques vitres fumées seront autorisées dans l’espace douche et pour les toilettes. Et pour le « devoir conjugal hebdomadaire », pour éviter le lèche vitrine, un sarcophage romantique sera dédié à la discipline pour s’isoler avec bouton d’urgence relié au commissariat en cas de migraine soudaine ou d’humeurs moins badines.
À travers sa plume aseptisée, l’autrice pousse le lecteur à réfléchir de façon très fertile et stimulante et on aurait envie de noter de très nombreuses phrases qui résonnent avec l’évolution dérangeante de nos sociétés contemporaines.
« Il suffit d’une alarme pour qu’ils se réveillent tous, observant par les vitres, la sauvagerie des hommes, curieux du moindre évènement, d’une dispute conjugale, ou d’une arrestation ».
FGM