1 joueur/joueuse

Disponible sur Xbox Series X|S, PC, PS5 et prochainement sur Nintendo Switch 2.

Si l’aventure avait un nom, ce serait « Indiana Jones ». C’est assez rare pour être signalé, mais nous tenons là une bonne adaptation d’une série de films en jeu. C’est en compagnie du Dr Jones que j’ai passé une partie de mes vacances de Noël, ce qui m’a donné envie de vous en parler. En plus d’évoquer les qualités du jeu, c’est l’occasion d’émettre une petite critique du système de classification PEGI.

Une silhouette immédiatement reconnaissable

Indiana Jones et le Cercle Ancien suit une histoire originale, se situant en 1939, donc entre les films Les Aventuriers de l’Arche perdue et La Dernière Croisade. Il se joue à la première personne, on incarne donc le fameux archéologue au chapeau et l’on voit à travers ses yeux. Le curseur de la parenté est poussé loin puisque le visage de l’acteur Harrison Ford a été modélisé pour les scènes cinématiques et, dans la version française, c’est la voix de légende Richard Darbois que l’on retrouve avec joie au doublage.

Temples mystérieux et pièges mortels au programme

Tout y est : le fouet, les nazis (idiots), les énigmes, les pièges mortels au fond d’une tombe, les paysages fabuleux aux quatre coins du monde et un trésor mythique à découvrir avant que les méchants ne s’en emparent. Indiana Jones n’est pas un super-héros. Il peut certes se battre (et même les coups de poing font le même bruit que dans les films), mais ce n’est jamais la meilleure des options. À un contre un, c’est encore jouable, mais dès que le nombre crée un désavantage, mieux vaut fuir. Il est donc toujours préférable d’essayer de s’infiltrer dans le dos des gardes, plutôt que de jouer les Rambo (ce n’est pas le bon film !).

L’aventure commence au Vatican du milieu des années 30

Indiana Jones fait plutôt fonctionner son cerveau, et cela se retrouve au cœur du jeu, avec une multitude d’énigmes à résoudre. Sans être d’un niveau particulièrement ardu, certaines demanderont de se triturer un peu les méninges. C’est donc là que je place ma critique du système PEGI, car je le trouve, pour une fois, assez sévère. La violence affichée à l’écran me semble nettement moins visuelle que celle que l’on peut trouver dans les films. Pourtant, ceux-ci sont classés 12 ans. Cette différence de critères entre cinéma et jeux vidéo est parfois compliquée à cerner pour les parents. C’est pour cette raison que nous rappelons régulièrement que seule la propre appréciation permet de savoir si un jeu est adapté à son enfant ou non.

La discrétion prévaut à l’affrontement (et les ennemis sont vraiment idiots)

Indiana Jones et le Cercle Ancien est un très bon jeu d’aventure, dont le scénario se suit avec plaisir à plusieurs, même si une seule personne tient la manette en main. Il y est question d’un cercle hypothétique qui relierait tous les grands sites monumentaux autour de la planète. Mythe ou réalité ? Quel grand pouvoir s’y cache ? Accompagné par la journaliste intrépide Gina, à vous de le découvrir ! Et pourquoi pas enchaîner avec les films en famille ensuite ? Ou initier une vocation pour l’archéologie ? L’imagination naît avec les histoires et n’a pas de limite.

Ecouter les conversations des locaux permet parfois de découvrir des petites quêtes cachées

Pour découvrir le jeu en vidéo sur Twitch

Ça y est, la loi d’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans a été votée par le Parlement. Tous les partis politiques représentés à l’Assemblée ont voté pour, à l’exception de LFI et de deux députés écologistes. Et voilà du même coup les parents privés d’une partie de leurs prérogatives éducatives. Une caractéristique traditionnelle des dictatures.

On nous a dit, pour nous convaincre, que la Grèce et le Danemark l’avaient fait. C’est faux. Dans ces deux pays, la loi prévoit bien l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, mais sauf décision contraire des parents, qui peuvent en débloquer certaines fonctionnalités et fixer des durées d’utilisation à leur enfant.

C’est d’ailleurs la même préconisation qu’avait faite le Conseil d’État dans son avis n° 410309 (séance du 8 janvier 2026)1. Après avoir rappelé que l’accès aux réseaux sociaux participe à la liberté d’expression et de communication (art. 11 de la DDHC), il évoque le fait qu’une interdiction « générale et absolue » serait risquée constitutionnellement. Il suggère donc de remplacer l’interdiction uniforme par un dispositif à deux niveaux : une interdiction absolue pour les plateformes (par exemple TikTok) dont les algorithmes de recommandation seraient jugés dangereux par décret, après avis de l’ARCOM ; et, pour les autres services, un accès interdit par défaut, mais possible avec l’autorisation expresse des parents. Ces derniers pourraient également fixer une durée maximale de connexion quotidienne.

Enfin, c’était aussi l’esprit de la loi sur la majorité numérique avant 15 ans votée en 2023 et refusée par l’Europe parce que mal rédigée, tout comme la proposition de loi de Madame Miller, qui a dû elle aussi être modifiée pour être mise en conformité avec la législation européenne. Mais la loi de 2023, elle, n’a trouvé personne pour la mettre en conformité. À l’époque, Macron s’en désintéressait. Elle partait du principe que les données personnelles des enfants appartiennent à leurs parents jusqu’à 15 ans, et que ceux-ci doivent donner leur autorisation pour toutes les activités de leur rejeton sur Internet. En pratique, cela supposait que toutes les applications soient bloquées par défaut au moment de l’achat d’un smartphone pour un mineur de moins de 15 ans. Seuls les parents avaient la possibilité de pouvoir les débloquer avec un code, et de décider à la fois des fonctionnalités auxquelles ils donnent accès et des durées d’utilisation.

L’interdiction absolue et globale avant 15 ans proposée par le gouvernement est-elle alors la bonne solution ? Tout d’abord, rappelons que d’autres options sont sur la table au niveau européen, notamment des interventions en matière de conception et de limites des algorithmes, et la possibilité d’imposer aux GAFAM le dégroupage et le paramétrage. En effet, le fonctionnement problématique des plateformes touche toutes les classes d’âge. Faut-il alors ne rien faire et attendre que de telles mesures finissent par être imposées par la Commission européenne aux GAFAM ? Non, car ces négociations sont longues. Mais rien ne justifie pour autant une loi d’interdiction totale et absolue basée sur l’âge. L’idéal serait l’interdiction des smartphones aux moins de 13 ans (ce qui correspond d’ailleurs aux « repères 3-6-9-12 » que j’ai lancés en 2008, qui préconisent de permettre un accès libre à Internet seulement après 12 ans révolus), et les réseaux sociaux interdits jusqu’à 15 ans, avec le droit pour les parents de changer cet accès entre 13 et 15 ans s’ils le jugent utile.

En effet, rien n’est simple, comme le rappelle un éditorial2 du journal scientifique américain « The Lancet » consacré aux automutilations, mais de portée plus générale : « Il est difficile d’établir un lien formel entre l’augmentation des taux de troubles mentaux et l’utilisation croissante des médias sociaux et numériques à l’adolescence, ou de mettre en évidence des modifications cérébrales claires. (…) Bien que les taux de troubles mentaux aient augmenté parallèlement à l’utilisation des réseaux sociaux, de nombreux autres changements environnementaux affectant les jeunes sont survenus ces 15 dernières années, tels que l’accroissement des inégalités, la contraction du marché du travail et les préoccupations liées au changement climatique. S’il existe un lien de causalité significatif entre les réseaux sociaux et les troubles mentaux, il est probablement faible, bien qu’il puisse également avoir une importance. »

Dans la mesure où rien n’est uniforme, ni les réseaux, ni les enfants, ni les environnements familiaux, ni les alternatives aux écrans, il est important de laisser les parents choisir en fonction des valeurs qui sont les leurs et des possibilités de leurs enfants.

Mais cette loi contient en outre deux angles morts. Le premier concerne l’éducation au numérique. On peut craindre que les enfants tenus à l’écart des réseaux sociaux jusqu’à 15 ans ne les découvrent de façon tout aussi problématique. La solution est évidemment de prévoir une éducation à leurs usages et à leurs dangers. Malheureusement, le ministère de l’Éducation nationale reste muet sur cette question.

Le second angle mort concerne l’absence de mesure concernant les alternatives aux écrans. Les adolescents sont en recherche de contacts avec lesquels pouvoir envisager de rompre avec le réseau familial de leurs parents sans se retrouver seuls : c’est l’importance des « potes » à cet âge. Alors, où et comment ces jeunes soudain privés de réseaux sociaux vont-ils se rencontrer et échanger ? L’ouverture des cours de récréation et des gymnases des écoles le samedi et le dimanche, éventuellement sous la responsabilité des associations familiales, serait le minimum pour permettre à des jeunes qui ont envie de jouer ensemble, ou simplement de se retrouver pour parler, de pouvoir le faire. Prévoir des espaces de jeu libre est d’autant plus important que les enfants de milieux favorisés peuvent bénéficier d’un grand nombre d’activités payantes. Pour les autres, il est à craindre qu’ils aient largement recours à des VPN gratuits pour contourner l’interdiction, avec le risque de se retrouver seuls face à leurs expériences numériques. Beaucoup risquent aussi de se replier sur des compagnons digitaux générés par l’IA, capables de créer l’illusion d’être une vraie personne et d’alimenter des échanges sans fin, encore plus désocialisants et addictogènes que certaines fonctions des réseaux sociaux. Aux États-Unis, l’utilisation intensive des chatbots comme compagnons thérapeutiques par les adolescents est d’ores et déjà pointée comme un problème de santé publique.

Reste le problème du contrôle de l’âge. De nombreuses organisations internationales alertent : les procédures techniques mises en place pour vérifier l’âge des utilisateurs des réseaux sociaux pourraient rapidement se transformer en instrument de contrôle de l’ensemble des citoyens, au risque de leur faire perdre des droits fondamentaux.

Il ne reste plus qu’à espérer que cette loi s’accompagne rapidement d’un programme scientifique visant à étudier son efficacité, non seulement pour les jeunes âgés de moins de 15 ans, mais aussi sur leur évolution au-delà de cet âge.

  1. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/dyn/contenu/visualisation/1099890/file/410309%20-%20Extrait%20Avis%20-%20PPL%20-%20anonyme.pdf  ↩︎
  2. Moran, Paul et al., The Lancet, Volume 404, Issue 10461, 1445 – 1492 October 12, 2024. ↩︎

À l’ère du numérique et des réseaux sociaux, où l’information circule sans frontières et souvent sans vérification, Les Décrypteurs de Radio-Canada se sont imposés comme une référence francophone dans la vérification des faits et la lutte contre la désinformation. Créée en 2017, cette initiative journalistique combine un site internet, des capsules audio, une émission télévisée et des outils pédagogiques conçus pour aider les citoyens à distinguer le vrai du faux parmi le flot d’informations qui inonde le web.

Le cœur de Les Décrypteurs est une équipe de journalistes professionnels qui analysent, décortiquent et expliquent des contenus viraux qui circulent sur les réseaux sociaux et dans l’espace public numérique. Leur mission première est double : aider les internautes à démêler info et infox, et mettre en lumière les mécanismes qui favorisent la propagation des fake news.

L’équipe est également à l’origine d’une émission hebdomadaire diffusée sur ICI RDI, où les journalistes passent en revue certaines des informations les plus partagées ou discutées de la semaine. Ils y expliquent comment ces contenus ont circulé, pourquoi ils sont trompeurs et ce que révèle leur analyse sur les phénomènes numériques contemporains. Ce format télévisé a permis de populariser l’approche du fact-checking (vérification des faits) auprès d’un large public francophone.

Au-delà de leurs articles et de leurs émissions, Les Décrypteurs innovent aussi dans le domaine pédagogique. Radio-Canada a développé un robot conversationnel interactif, destiné à guider les utilisateurs dans l’apprentissage des bonnes pratiques pour repérer et contrer la désinformation. Cet outil propose des conseils personnalisés en fonction des réponses des internautes à des questions sur leurs habitudes de consommation d’information. Il aborde des notions clés telles que la définition d’une fausse nouvelle, l’identification de sources fiables, ou encore la reconnaissance de photos et vidéos manipulées, autant de compétences essentielles dans un paysage médiatique complexe.

Ce volet éducatif se complète par une série d’ateliers thématiques qui permettent aux jeunes, aux enseignants et au grand public de renforcer leur esprit critique face à l’information numérique. Ces ateliers couvrent des sujets allant de la compréhension des biais cognitifs à la détection de théories du complot ou de fausses promotions en ligne, offrant des outils concrets pour naviguer dans l’espace informationnel avec discernement.

Sur le plan institutionnel, Les Décrypteurs s’inscrivent dans une stratégie plus large de Radio-Canada pour renforcer la fiabilité et la transparence de l’information. Le service public canadien de radiodiffusion est ainsi engagé dans des initiatives internationales, comme la Trusted News Initiative, alliance de médias d’information, de réseaux sociaux et d’entreprises technologiques qui vise à identifier et à combattre la désinformation concernant, par exemple, les élections nationales, la pandémie de COVID-19 et les vaccins contre la COVID-19. De plus, Les Décrypteurs sont reconnus comme un membre francophone de l’International Fact-Checking Network (IFCN), qui fédère la communauté grandissante des vérificateurs de faits à travers le monde et promeut des normes exigeantes de responsabilité journalistique.

Dans un contexte où la désinformation peut non seulement tromper, mais aussi polariser les sociétés et affaiblir les institutions démocratiques, Les Décrypteurs jouent un rôle crucial. En rendant la vérification des faits accessible, compréhensible et utile pour le public, ils contribuent à développer et à aiguiser le regard critique des citoyens, un enjeu majeur pour la santé des débats publics à l’ère numérique.

https://ici.radio-canada.ca/decrypteurs/site

M.N.C.

Depuis 2024, l’association Développer l’Empathie par le Jeu des Trois Figures (DEPJ3F) est soutenue par Make.org Foundation, une organisation neutre et indépendante dont la mission est de « faire participer les citoyens et de mobiliser l’ensemble de la société civile pour transformer positivement la société ».

L’association DEPJ3F a pour mission de former des professionnels de l’enfance au Jeu des Trois Figures, dispositif de prévention des violences et du harcèlement, de la maternelle au lycée, proposé dès 2007 par le psychiatre Serge Tisseron.

Dans le cadre de la lutte contre le harcèlement scolaire, Make.org Foundation soutient des programmes sur trois ans pour agir concrètement sur cette problématique de société.

C’est avec cette finalité que Make.org permet à DEPJ3F de former, à titre totalement ou partiellement gracieux, des enseignants et professionnels de plusieurs académies pour devenir animateurs puis formateurs du Jeu des Trois Figures. Notre projet est que l’Éducation nationale possède ses propres ressources pour déployer à grande échelle ce dispositif agréé par le ministère de l’Éducation nationale et recommandé par le gouvernement dans le cadre de la prévention des violences et du harcèlement en milieu scolaire. Rappelons que l’efficacité du Jeu des Trois Figures a été montrée par deux recherches-actions, en 2007-2008 (au niveau des classes maternelles en région parisienne) et en 2017-2018 (au niveau des classes élémentaires en région PACA).

Grâce au soutien de Make.org Foundation, sur l’année scolaire 2024-25, nous avons pu déployer des actions de formation sur 12 académies (Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Corse, Lyon, Nantes, Normandie, Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse). Il en a découlé :

En année 2 (2025-26), le programme permet de toucher :

C’est sans compter tous les professionnels formés depuis presque 20 ans, qui, pour un certain nombre, poursuivent leur pratique. Notre outil de suivi mis en place depuis deux ans nous a permis de remonter partiellement dans le temps pour retrouver les personnes formées à une époque où nous n’avions pas le souci de suivre les chiffres. Notre application recense 1 200 animateurs du Jeu des Trois Figures et 140 formateurs certifiés. Depuis presque 20 ans que nous développons le J3F, nous estimons que 100 000 enfants ont pu en être bénéficiaires.

À ce propos, si vous avez un jour suivi une formation J3F et que vous n’êtes pas inscrite sur notre appli, nous vous engageons à nous faire parvenir un petit message via le formulaire de contact du site.

Si la formation au Jeu des Trois Figures est exigeante pour les professionnels qui s’y engagent, nous sommes aidés par un modèle de déploiement rapide. En effet, nous dispensons des « formations-actions », c’est-à-dire que les personnes se forment à l’animation tout en animant le J3F auprès des élèves, et les futurs formateurs se forment tout en formant leurs collègues de l’Éducation nationale.

Comme tous les dispositifs de prévention, le Jeu des Trois Figures s’inscrit dans le temps long : la pratique, incluant tous les élèves d’une même classe, sans discrimination, est hebdomadaire durant une année scolaire au moins. Nous savons ce que cela représente pour les enseignants, d’une part du fait de la pression liée au respect des programmes scolaires, et d’autre part en termes d’organisation concrète. Mais c’est dans ce temps long que l’on peut obtenir des changements profonds et durables. Quelques séquences d’activité centrée sur l’empathie et les compétences psychosociales dans l’année n’ont jamais suffi à transformer la dynamique d’un groupe classe. Le Jeu des Trois Figures le peut, comme l’ont montré les recherches-actions conduites, et comme nous le montrent tous les jours les retours de terrain.

Nous remercions chaleureusement Make.org Foundation de nous accompagner sur ce projet, et nous remercions tous les professionnels qui acceptent de s’engager dans cette démarche exigeante… mais passionnante !

https://3figures.org

Jusqu’ici, nous n’avons jamais reproduit dans cette newsletter un article d’une revue scientifique, bien que certains d’entre eux auraient mérité de l’être. Nous avons toujours préféré proposer des synthèses. Mais exception n’est pas habitude. Or, les débats actuels autour de l’influence néfaste des réseaux sociaux, qui poussent le gouvernement à vouloir les interdire aux mineurs de moins de 15 ans, nous amènent à reproduire un éditorial de la prestigieuse revue The Lancet sur la question des réseaux sociaux.

Cet éditorial du volume 404, numéro 10 461, a été publié le 12 octobre 2024. Il concerne un article publié dans la même revue et que l’on peut trouver avec ces indications : Moran, Paul et al., The Lancet, Volume 404, Issue 10461, 1445–1492, October 12, 2024.

En voici une présentation.

Influenceurs néfastes ? Réseaux sociaux et santé mentale des jeunes

Aujourd’hui, les adolescents passent une grande partie de leur temps dans le monde numérique. Ils échangent sur les réseaux sociaux, regardent des vidéos sur YouTube ou TikTok et accordent beaucoup d’importance aux « j’aime » et aux commentaires. Selon les dernières études, plus d’un tiers des adolescents ont des contacts réguliers en ligne, et environ 1 jeune sur 10 présente une utilisation excessive, proche de l’addiction. Ces jeunes ont du mal à se passer des réseaux sociaux, ressentent de l’anxiété ou de la tristesse lorsqu’ils ne peuvent pas les utiliser, délaissent d’autres activités et voient leur vie quotidienne affectée.

Depuis une quinzaine d’années, l’essor des réseaux sociaux s’accompagne d’une augmentation des troubles mentaux et des comportements d’automutilation chez les jeunes de 10 à 24 ans. Cette évolution inquiète de nombreux experts et responsables de santé publique, qui s’interrogent sur l’impact réel des réseaux sociaux sur le bien-être des jeunes.

Il est probable que la vie, pour les jeunes comme pour les adultes, devienne de plus en plus numérique. Cependant, les inquiétudes grandissent concernant les enfants et adolescents, souvent exposés aux réseaux sociaux sans réel contrôle parental. Les plateformes utilisent des algorithmes et des publicités ciblées conçus pour capter l’attention le plus longtemps possible. Les jeunes sont ainsi exposés à des contenus faisant la promotion de l’alcool, de la restauration rapide, du vapotage ou des jeux d’argent, ce qui profite financièrement aux plateformes.

L’adolescence est une période clé du développement. Le cerveau est encore en construction, ce qui rend les jeunes plus sensibles aux influences extérieures. En même temps, ils cherchent à construire leur identité et à gagner en autonomie, ce qui explique pourquoi les difficultés émotionnelles sont fréquentes à cet âge. Ces constats alimentent le débat : faut-il limiter l’accès aux smartphones ? Interdire les téléphones à l’école ? Mettre en place des lois pour mieux protéger les jeunes ?

Pour autant, les chercheurs peinent à établir un lien direct et clair entre l’usage des réseaux sociaux et l’augmentation des troubles mentaux. Les études disponibles donnent des résultats contrastés. Pour certains jeunes, les réseaux sociaux peuvent même avoir des effets positifs, en rompant l’isolement, en facilitant le soutien entre pairs ou en donnant accès à des ressources d’aide et de thérapie.

Les scientifiques s’accordent toutefois sur un point : davantage de recherches sont nécessaires. Le simple temps passé en ligne ne suffit pas à expliquer les effets des réseaux sociaux. Les expériences varient beaucoup d’un jeune à l’autre. De plus, d’autres facteurs importants ont évolué ces dernières années, comme l’augmentation des inégalités sociales, les difficultés d’accès à l’emploi ou les inquiétudes liées au changement climatique. Si les réseaux sociaux ont un impact sur la santé mentale, celui-ci est sans doute réel mais limité, et s’ajoute à d’autres causes.

Il est essentiel d’adopter une vision globale de la santé mentale. Les comportements d’automutilation, qui concernent aujourd’hui un nombre alarmant de jeunes, sont fortement influencés par des facteurs sociaux comme la pauvreté, les inégalités, le racisme ou l’exclusion. Les populations autochtones, notamment les jeunes, sont particulièrement touchées, en lien avec les effets durables de la colonisation et des discriminations.

Réduire la souffrance des adolescents nécessite donc une action collective : améliorer les conditions de vie, renforcer les services de soutien et construire des communautés plus solidaires. Si les jeunes passent une partie importante de leur vie en ligne, ils doivent pouvoir le faire dans un environnement sûr, sans manipulation.

Le rôle des parents est essentiel. Dialoguer avec son enfant, s’intéresser à ses usages numériques, fixer des règles claires mais adaptées à son âge et rester attentif aux signes de mal-être sont des leviers importants. L’objectif n’est pas d’interdire systématiquement, mais d’accompagner les jeunes pour qu’ils puissent évoluer dans un environnement numérique plus sûr et équilibré.

ctrl+alt+reclaim est le premier mouvement européen de lutte pour les droits numériques, créé par et pour les jeunes. Initié en septembre 2024, le mouvement est composé de jeunes de 17 à 26 ans venant de divers pays d’Europe. Celui-ci « vise à garantir que la voix et la participation des jeunes soient priorisées dans les dialogues et les politiques de régulation numérique de l’Union européenne, et cherche à construire une nouvelle culture définissant à quoi devraient ressembler des technologies et des espaces en ligne sains », selon leur site internet ctrl-alt-reclaim.org.

Le mouvement a créé son manifeste avec pour objectif, ambitieux mais vital, de redéfinir un monde où les jeunes passent avant les profits des géants de la tech.

Ce manifeste invite les jeunes à reconquérir le monde numérique, suivant ces trois principales lignes directrices :

Les jeunes dénoncent en effet des algorithmes addictifs, des plateformes nuisibles et un modèle économique intrusif. Ils annoncent alors être décidés à se battre chaque jour pour « rendre réel » le monde virtuel qu’ils envisagent, avec plus de transparence, de clarté, de respect, de choix, de diversité et de confiance.

Nous ne pouvons que nous réjouir de ces principes fondateurs et d’un élan si prometteur. Aux autres générations, à présent, de soutenir et d’encourager leurs ambitions, puis d’autres formes de mouvements fédérateurs, prônant le libre arbitre et la résistance numérique.

S.W. et S.B.

À l’ère numérique, Internet est omniprésent dans la vie de nous tous, et plus particulièrement dans celle des enfants et des adolescents. Il est à la fois une source d’apprentissage, de créativité et de socialisation — mais aussi un espace où certains risques, comme le cyberharcèlement, la désinformation ou la perte de repères, peuvent se manifester si l’on n’est pas bien préparé. C’est dans ce contexte que se tient chaque année le Safer Internet Day, une journée internationale de sensibilisation à un Internet plus sûr et responsable.

Organisée en Europe par Internet Sans Crainte et relayée à l’échelle internationale par des réseaux d’écoles, d’associations, d’entreprises et d’institutions, cette journée a pour objectif de promouvoir des usages numériques responsables et positifs. Elle s’inscrit dans une approche éducative, en opposition à une prévention fondée sur la peur, dont les effets sont souvent contre-productifs : susciter l’angoisse ou l’interdiction n’aide pas les enfants et les adolescents à comprendre, à développer leur esprit critique ni à adopter des comportements éclairés sur le long terme.

À l’image de l’association 3-6-9-12, cette démarche privilégie l’éducation et l’accompagnement plutôt que l’interdiction. Il s’agit de donner aux jeunes, mais aussi aux parents et aux professionnels, des repères, des outils et une compréhension progressive des usages numériques, afin de favoriser une autonomie réfléchie et sécurisée, plutôt qu’une obéissance contrainte et fragile.

Cette année, le Safer Internet Day 2026 se déroulera du 10 février au 31 mars 2026. Cette édition mettra l’accent sur le lien entre écrans et santé mentale, autour du slogan « Les écrans et toi… comment ça va ? ».

L’occasion pour les établissements scolaires d’organiser des ateliers de sensibilisation à destination des élèves et de leurs familles. Pour les accompagner, de nombreuses ressources pédagogiques seront mises à disposition. Des webinaires ainsi que des concours d’affiches viendront compléter le dispositif, afin d’aider parents et enseignants à mieux comprendre et encourager des usages numériques responsables.

Une journée qui fonctionne depuis des années !

Les données issues des rapports d’impact des campagnes montrent que le Safer Internet Day n’est pas une simple opération de communication : il engage concrètement les jeunes et les éducateurs.

Exemples chiffrés :

Ces chiffres montrent que la journée fait bouger les lignes : elle permet non seulement d’informer, mais surtout d’initier un dialogue autour des usages du numérique, de renforcer les compétences et d’anticiper les risques.

L’éducation aux écrans et à Internet ne se fait pas de manière uniforme : elle doit suivre les étapes du développement de l’enfant. C’est l’idée défendue par notre association 3-6-9-12.

En résumé et concrètement :

Cette approche, simple à retenir, aide les familles à structurer progressivement l’autonomie numérique de leurs enfants sans laisser place à l’angoisse ou à l’interdit pur.

Pourquoi ces campagnes comptent ?

Les chiffres montrent que la sensibilisation fonctionne : non seulement les jeunes s’approprient mieux les enjeux de sécurité en ligne, mais les enseignants et parents se déclarent plus confiants pour aborder ces sujets avec eux.

Plus important encore, au-delà des chiffres, la journée crée un espace de discussion où les enfants se sentent écoutés, et où les adultes peuvent répondre à leurs questions concrètes : comment réagir face au cyberharcèlement, comment reconnaître une fausse information, comment protéger ses données personnelles, etc.

Conclusion

Le Safer Internet Day n’est pas seulement une journée d’affichage : c’est un outil pédagogique vivant qui mobilise écoles, familles, institutions et jeunes autour d’un objectif commun : construire un Internet plus sûr et plus serein pour tous. En combinant des repères simples comme ceux proposés par l’approche 3-6-9-12 avec des actions concrètes et interactives, cette sensibilisation contribue à un usage du numérique plus réfléchi, plus confiant et plus responsable.

F.G.

Et si nous parlions des écrans comme des aliments ?

S’il n’y avait qu’un seul article dans le monde que je souhaite que chaque parent lise, ce serait celui de Serge Tisseron, intitulé « Neuf conseils pour gérer les écrans comme les aliments » :
https://sergetisseron.com/blog/neuf-conseils-pour-gerer-les-ecrans-comme-les-aliments/?utm_source=chatgpt.com

Pourquoi ? Parce qu’il propose une métaphore simple, puissante et profondément instructive pour comprendre notre relation aux écrans dans la famille. Il nous invite à regarder les écrans comme nous regardons les aliments : non pas comme quelque chose de banni ou diabolisé, mais comme une source d’énergie (potentiellement bénéfique ou problématique) selon la façon dont nous l’introduisons, la ritualisons et la socialisons.

Cette métaphore alimentaire est si riche qu’elle structure instinctivement notre compréhension du numérique dans la vie familiale : portions, rituels, qualité, partages, règles… Toutes ces notions viennent naturellement lorsqu’on pense aux écrans comme à la nourriture. Et c’est précisément cette métaphore qui inspire la Charte Familiale d’Usage des Écrans que nous proposons ici.


1. Pourquoi une charte familiale ? Comprendre l’enjeu essentiel

L’omniprésence des écrans (télévision, tablettes, consoles, smartphones, ordinateurs) fait aujourd’hui partie de notre quotidien. Pourtant, beaucoup de parents se sentent désorientés : combien de temps est acceptable ? À partir de quel âge ? Dans quelles conditions ? Cette incertitude génère souvent des conflits, de la culpabilité, et une impression de « lutter contre un ennemi invisible », tel Don Quichotte s’élançant contre des moulins à vent, multipliant les combats sans toujours en comprendre les véritables enjeux.

À l’association 3-6-9-12, nous proposons une autre approche : pas d’interdits absolus, mais une culture familiale réfléchie, codifiée, partagée et évolutive. La charte familiale n’est pas une règle imposée d’en haut, mais une co-construction entre parents et enfants, qui permet de transformer l’usage des écrans en moment équilibré, créatif et socialisant.


2. Une charte qui s’applique aussi aux parents

Un point essentiel – souvent oublié – est que cette charte ne concerne pas uniquement les enfants. Elle s’applique aussi aux parents. Comme pour l’alimentation, il serait incohérent de demander à un enfant de manger équilibré pendant que l’adulte grignote sans cesse.

La charte devient alors un outil miroir :
elle nous aide, en tant qu’adultes, à réfléchir à nos propres usages numériques. Nous sommes parfois très stricts avec les enfants, tout en étant beaucoup plus permissifs avec nous-mêmes : téléphone toujours à portée de main, notifications constantes, écrans utilisés sans réelle intention.

Mettre des règles claires pour toute la famille permet :
• d’aligner les discours et les pratiques,
• de donner l’exemple,
• de rendre les règles justes et crédibles aux yeux des enfants.


3. La métaphore alimentaire : un cadre intuitif, rassurant et socialisant

Dans son article, Serge Tisseron invite à penser les écrans à l’image des aliments : ils font partie de la vie, mais leur consommation ne se fait pas n’importe comment. Les aliments sont ritualisés : on mange à heure fixe, on partage, on choisit ce qu’on préfère, on a une assiette définie, on parle de ce qu’on mange.

De la même façon, les écrans ne doivent pas être « grignotés » toute la journée :
ils doivent être encadrés, choisis, discutés et partagés.

Cette métaphore est aussi très rassurante pour les enfants et les futurs adolescents. Elle leur montre que :
• les règles existent pour tout le monde, pas seulement pour eux,
• le cadre est là pour protéger, pas pour punir,
• il est normal que les règles évoluent avec l’âge, comme l’alimentation évolue en grandissant.


4. Les principes clés de la charte familiale

a) Adaptation à l’âge et à la maturité
Tout comme un bébé ne peut pas digérer certains aliments, son cerveau n’est pas prêt à comprendre ni à gérer des contenus complexes ou émotionnellement intenses. L’usage des écrans doit être adapté à l’âge et à la capacité de l’enfant à comprendre, filtrer et verbaliser ce qu’il voit.
Cette différenciation selon l’âge est normale, saine et sécurisante.

b) Horaires fixes et portions définies
Dans les cultures alimentaires, on ne grignote pas toute la journée : les repas sont aux heures convenues. De manière identique, il est préférable de fixer des plages horaires d’écran plutôt que d’autoriser une consommation continue et désorganisée.

c) Droit de choisir et qualité du contenu
Offrir à l’enfant une sélection de programmes lui permet d’exercer son pouvoir de choix, tout comme choisir entre différents aliments. Ce droit de choisir développe son autonomie et l’aide à se percevoir comme acteur de sa vie numérique, et non comme simple consommateur passif.

d) Moments partagés et dialogue
Les repas sont des moments de partage où l’on parle de la nourriture, de ses goûts, de ses souvenirs. De la même façon, les écrans deviennent une activité sociale et réflexive lorsqu’ils sont utilisés ensemble, suivis d’un échange sur ce qui a été vu ou vécu.

e) Pas d’écrans dans les chambres
Comme on évite de laisser de la nourriture accessible à toute heure dans un placard, il est préférable que les écrans ne soient pas présents en permanence dans les espaces privés, notamment les chambres, afin de prévenir les usages nocturnes et compulsifs.

f) Créer plutôt que consommer passivement
Encourager les enfants – et les adultes – à créer avec les écrans (photos, vidéos, montage, programmation, stop motion, écriture, sport) transforme l’écran en outil d’expression et d’apprentissage, et non en simple objet de consommation.


5. Temps d’écran, travail et apprentissages : faire la distinction

Un point fondamental de la charte est de distinguer les usages.
Tout comme manger sainement est un besoin, certains usages des écrans sont nécessaires :
• le temps de travail,
• les devoirs,
• les révisions,
• les recherches,
• les apprentissages scolaires ou professionnels.

Ces temps-là ne sont pas du « temps d’écran de loisir », mais des temps utiles et structurants.
La charte permet justement de clarifier cette distinction, afin d’éviter la confusion et la culpabilité, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.


6. Comment co-construire cette charte en famille ?

• Choisir un moment calme, comme on se met à table pour discuter d’un repas à venir.
• Impliquer chaque membre de la famille, petits et grands.
• Écrire la charte ensemble, en l’adaptant à votre réalité.
• L’afficher visiblement, pour qu’elle vive au quotidien.
• La revisiter régulièrement, car les besoins évoluent avec l’âge.


7. Conclusion : vers une culture numérique familiale apaisée

En fin de compte, la charte familiale ne doit pas être une punition ni une restriction arbitraire, mais un support de dialogue, d’apprentissage et de cohérence familiale. En regardant les écrans comme nous regardons notre assiette, nous transformons une source potentielle de conflits en un espace de partage, de création et d’éducation.

Comme le rappelle Serge Tisseron, ce n’est pas seulement le temps passé devant un écran qui compte, mais comment et pourquoi il est utilisé. Avec un cadre clair, évolutif et partagé, nous aidons nos enfants – et nous-mêmes – à utiliser les écrans avec discernement, sagesse et créativité, plutôt que de les subir passivement.

R.AQC. Ambassadrice 3-6-9-12+

FantomApp est une application mobile disponible depuis le 16 décembre 2025 sur iOS et Android, mais aussi sous l’URL https://fantomapp.fr. Elle a été développée par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) et financée par l’Union européenne, après un déploiement de sondages auprès de collégiens et de parents dans divers départements.

Cette application est à destination des adolescents à partir de 10 ans et met à disposition plusieurs outils permettant d’appréhender et de comprendre les risques des réseaux sociaux et d’internet. Même si je ne suis pas dans l’âge cible de l’application, je l’ai testée pour vous.

Dans un premier temps, j’ai dû chercher sur le Play Store afin de trouver l’application que je cherchais, car celle-ci n’est pas mise en avant par la plateforme. De plus, j’avais mal orthographié « fantom » en pensant que le terme était écrit en anglais… Il existe bel et bien une application qui s’appelle « Phantom », mais c’est un portefeuille de cryptomonnaie (un peu loin de ce que je cherchais, en résumé).

En téléchargeant l’application, j’ai pu observer un design épuré, agréable et une prise en main facile. L’application s’introduit par un tuto qui présente son utilité et son utilisation. Les différents outils proposés sont classés par thème : Problèmes, Outils, Me sécuriser, et renvoient tous vers des textes qui rappellent nos droits, que l’on a vite fait d’oublier sur internet.

Pour détailler un peu plus :

Pour conclure ce test, je dirais que l’application pourrait faire le plus grand bien aux petits et grands utilisateurs d’internet et des réseaux sociaux. C’est un outil pédagogique intéressant pour prévenir des risques et des mécanismes de fonctionnement de ces plateformes – je pense notamment au commerce des informations personnelles, qui forme l’économie d’internet et qui n’est que peu connue par ses utilisateurs. Le nom peut cependant induire en erreur, car on peut penser de prime abord que l’application est une sorte de widget qui se calque sur ses réseaux sociaux, qui va venir prévenir des risques, ce qui n’est pas le cas. Il me semble que c’est un outil important mais qu’il ne pallie pas à l’action de son utilisateur. Ainsi, l’application m’apprend mais n’agit pas pour moi, pour m’éviter les dangers. C’est une piste d’entrée pour les adolescents qui découvrent les réseaux sociaux, mais aussi pour les parents qui n’ont pas toujours les bons réflexes pour eux-mêmes non plus.

N.L.

Le Père Noël américain propose cette année aux enfants américains un jouet merveilleux. Une peluche qui fait la conversation ! Imaginez un gros cube en tissu molletonné garni d’un visage et muni à l’intérieur d’un robot conversationnel. La peluche est en effet munie d’une poche arrière zippée qui contient un boîtier vocal compatible Wi-Fi. Elle est ainsi reliée à un modèle de langage d’intelligence artificielle programmé pour dialoguer avec des enfants dès l’âge de trois ans, nous dit le constructeur.

Ces « peluches » sont proposées pour 99 dollars (84 euros environ) comme une alternative aux écrans. L’argument de vente ne peut pas être plus clair : « Parents, vous êtes très occupés, mais vous ne voulez pas que vos enfants restent devant un écran car de nombreux experts en ont dénoncé la nocivité. Alors achetez-leur une peluche connectée ».

L’enfant parle à sa peluche, et sa peluche lui répond. Il en existe plusieurs modèles adaptés aux goûts de l’enfant. Elles s’appellent Grem, Gabbo et Grok… comme l’IA proposée par Elon Musk.

Pour rassurer les parents, les questions sur le sexe, la violence, la politique et les jurons resteront sans réponse. La peluche répondra que c’est un peu compliqué pour elle, qu’elle aime surtout jouer et elle vous demandera quelle est votre histoire ou votre jeu préféré.

Mais les fabricants ont sans doute estimé cette précaution insuffisante. Ils l’ont donc redoublée d’une autre. Les conversations entre un enfant et sa peluche sont retranscrites et transmises sur le téléphone du tuteur. Et non seulement ils peuvent les écouter, mais ils peuvent aussi faire évoluer les réponses du chatbot : par exemple lui demander de détourner l’enfant de sa passion pour les dinosaures et de l’orienter vers un programme scolaire.

Et plus tard ? Lorsque l’enfant grandit, il y a forcément un moment où il va comprendre que tout ce qu’il disait à sa peluche a été écouté par ses parents, et qu’ils ont même pu utiliser cet outil pour influencer ses choix. La confiance que l’enfant accordait jusque-là à ses parents sera alors brutalement et irrémédiablement rompue. Il risque de se détourner d’eux aux moments où il en aurait le plus besoin. Des parents auront-ils le courage d’anticiper ce moment en expliquant à leur enfant qu’ils l’ont surveillé et influencé depuis sa troisième année en téléguidant les propos de son doudou ?

De tels « jouets » ont-ils quelque chance d’arriver en Europe ?

Et en France ? Ary est arrivé chez Leclerc pour être mis sous le sapin ! C’est la première peluche capable de converser par intelligence artificielle générative distribuée dans une grande surface française. Vendue 100 euros, elle promet de stimuler leurs enfants tout en leur rendant du temps libre. Là encore, son boîtier électronique est équipé d’un micro, d’un haut-parleur, d’une batterie et d’une antenne Wi-Fi, bien qu’il ne permette pas les écoutes et les contrôles parentaux de son équivalent américain. En revanche, Ary sait écarter de la même façon les sujets litigieux, propose de raconter des histoires aux enfants, les flatte et laisse même entendre qu’elles ont des émotions propres. Alors que les chatbots sont déjà reconnus pour créer des formes de dépendance émotionnelle chez les enfants et les adolescents, faudra-t-il attendre une génération pour qu’ils soient interdits aux jeunes enfants ?

Pourtant, l’annexe III, point 1, de l’IA Act adopté en 2024 par l’Europe précise : « Les systèmes d’IA destinés à être utilisés par des enfants sont considérés comme des systèmes d’IA à haut risque en raison de la vulnérabilité spécifique de ce public ».

S.T.