Keeper – Réveil en fan-phare

1 joueur/joueuse
Disponible sur Xbox Series X|S et PC
À l’origine de ce jeu se trouve le sentiment d’isolement qu’un développeur a ressenti durant la période de COVID. À la vue des premiers visuels, on pourrait penser à l’image d’un “phare dans la nuit” pour guider les esseulés vers un regroupement. La métaphore va beaucoup plus loin que ça. Ou alors elle leur a totalement échappé. Dans tous les cas, on tient là une merveilleuse balade, à la portée de tout le monde.
C’est donc autour du concept de solitude que se construit Keeper. On n’y trouve alors aucun texte, aucun dialogue et très peu d’indications à l’écran. C’est l’exploration qui servira la narration. Dans un monde ultra-coloré, on incarne un phare. Sans trop que l’on sache pourquoi, celui-ci s’est soudainement mis à pouvoir bouger. Sur la manette, le stick gauche sert à se déplacer et le droit à orienter la lumière qui émane en continu du sommet du phare. Un oiseau lui sert de compagnon de route et servira à interagir avec certains éléments du décor, par exemple un objet à ramasser ou manipuler.

Eclairer les décors et observer les résultats. Se laisser émerveiller.
Dans Keeper, il n’y a pas d’ennemis, il n’y a pas de menace, on ne peut pas perdre ou tomber dans un trou. Simplement, on se balade. Le chemin est unique et les quelques croisements rencontrés sont seulement là au service de points de vue sur le monde, ou d’énigmes à résoudre. Ces dernières ne sont jamais très difficiles, sans être monotones pour autant. Elles font d’abord appel à la lumière qu’il faudra orienter aux bons endroits. Progressivement, d’autres mécaniques seront ajoutées pour diversifier l’expérience. Notamment un retournement de mi-parcours que je n’avais pas vu venir !

Le genre d’énigme que l’on rencontre.
Cette facilité d’accès fait de Keeper un très bon jeu pour se détendre, en explorant sans pression et en s’accordant le temps de laisser sa lumière se promener sur les décors pour voir ce que cela va provoquer. Ici, des fleurs et plantes éclatantes qui se mettent à pousser. Là, une poule interrompue dans son repas qui simule sa mort pour mieux se relever dès qu’on ne l’éclaire plus. Les environnements fourmillent de détails.
Ce sont également de très bons arguments pour permettre à des enfants de s’initier aux jeux vidéo. Un joli terrain d’entraînement avant de s’élancer sur des jeux plus complexes. C’est assez fou, d’ailleurs, d’avoir réussi à faire passer des émotions par un vieux bâtiment qui boitille, en traversant des cavernes vers une ville, en passant par des forêts et autres plages. Le monde qu’on explore semble tout droit sorti d’un film de Tim Burton.

Il y a des moments où l’on s’arrête pour contempler la vue.
Comme dans un film d’animation, certaines séquences peuvent sembler un peu plus impressionnantes pour les plus jeunes (lieux sombres, musique plus inquiétante, créatures imposantes en arrière-fond sans que l’on interagisse directement avec elles). C’est alors l’occasion de rappeler que ces moments sont aussi bons pour les développements émotionnels et relationnels ! Ces passages permettent d’expliquer aux enfants que ressentir ces émotions à ce moment est normal et que cela ne va pas durer, puisqu’il y aura une résolution ensuite.

On rencontre également de drôles d’habitants.
Je recommande très volontiers Keeper, que vous soyez adroit ou adroite de la manette ou en phase d’apprentissage, jeune ou moins jeune. J’ai beaucoup aimé son côté déambulatoire qu’on ne peut comprendre réellement qu’en ayant les commandes en main. Il faut compter environ cinq heures pour le terminer, ce qui en fait une expérience équilibrée.
Je trouve également particulièrement intéressant de voir qu’un événement mondial comme le COVID donne lieu, cinq ou six ans plus tard, à des productions culturelles qui intègrent explicitement ou implicitement des éléments ressentis. Si les jeux vidéo n’influencent pas la réalité, les contraintes de cette dernière, en revanche, influencent fortement la création de jeux… Lumière est faite !

Pas de crainte à avoir sur le moment de quitter le jeu, on nous indique combien de temps s’est écoulé depuis la dernière sauvegarde automatique.
Pour découvrir le replay de notre émission Checkpoint, consacrée à Keeper.

Niels Weber
Il travaille en Suisse sur les thématiques d'usages excessif des écrans, notamment avec des familles. Il utilise le jeu vidéo comme outil thérapeutique et garde un œil attentif sur l'actualité du média (nouveautés, tendances, impacts, etc.). En parallèle à ses activités professionnels, il dirige bénévolement un site de critiques de jeux (www.semperludo.com), ainsi qu'une association de joueurs à l'échelle nationale (www.gamingfederation.ch), à travers laquelle ils visent une pratique du jeu vidéo responsable.