29 juin 2026

Nouvelle enquête : Comment les jeunes utilisent-ils l’I.A ?

En mars 2026 est sortie une étude statistique concernant l’impact des usages de l’intelligence artificielle (I.A.) sur la santé mentale des jeunes européens. Cette enquête a été menée en janvier 2026 par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et VYV (Union mutualiste de groupe) sur un échantillon de 3800 jeunes âgés de 11 à 25 ans. Parmi les jeunes interrogés se trouvaient 1000 Français, 1000 Suédois, 1000 Allemands et 800 Irlandais, issus de plusieurs catégories sociales. L’enquête a été menée via un questionnaire Ipsos en ligne.

Cette étude vient dépeindre les différentes formes d’utilisation de l’I.A. par les jeunes, selon le prisme de leur santé mentale.

Tout d’abord, 86 % des jeunes interrogés utilisent l’I.A. Pour 71 % d’entre eux, soit la tendance la plus haute, c’est un outil rédactionnel, pour assister leur travail ou leurs études. L’IA générative d’images, de musique ou de texte est utilisée par 42 % des interrogés comme un loisir. Concernant les IA conversationnelles, 37 % des Français interrogés disent s’en saisir régulièrement, et 35 % se servent de ces IA pour les conseiller en cas de stress dans leur vie professionnelle ou personnelle. Quant à la question de la fréquence d’utilisation, 25 % des jeunes disent utiliser l’IA de manière quotidienne, et 58 % au moins une fois par semaine.

Le sujet de l’enquête étant les usages des outils d’IA et la santé mentale, elle interroge donc le bien-être ressenti par les jeunes au moment du questionnaire. Pour quantifier cela, l’étude se base sur la méthode GAD-7, qui est une échelle de prévalence du trouble anxieux généralisé.

Ainsi, un jeune sur trois en Irlande et en Suède, et un jeune sur quatre en France dit ne pas se sentir bien globalement. Pour les 20-25 ans en France, cela concerne deux jeunes sur cinq. À la lumière de cette première affirmation, l’I.A. apparaît comme le troisième interlocuteur le plus aisé à contacter lors de moments de mal-être pour les jeunes, derrière les amis et les parents. Cette facilité de contact a tendance à augmenter pour les jeunes ressentant un mal-être important, dont certains bénéficient d’un suivi psychologique ou psychiatrique. Cette tendance représentée en France se vérifie auprès des autres pays interrogés.

Parmi les interrogés en France, quasiment un jeune sur deux (48 %) dit avoir recours à l’IA comme à un conseiller personnel. Cette statistique se vérifie à la hausse dans d’autres pays d’Europe, notamment en Allemagne avec 63 % des jeunes qui ont répondu. Plusieurs raisons sont évoquées afin de comprendre quel intérêt ces jeunes portent à ce « conseiller IA ». Tout d’abord, c’est un outil disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ensuite, plusieurs interrogés évoquent qu’il est plus facile de communiquer avec une IA qu’avec ses proches sur certains sujets, avec une prévalence de cet argument chez les jeunes présentant un mal-être important. Enfin, l’un des arguments avancés par 17 % des personnes est celui selon lequel les consultations avec des psychologues seraient trop onéreuses pour qu’ils en bénéficient.

Conséquemment, trois jeunes sur quatre utilisent les outils d’IA afin de discuter de leurs problèmes, allant même jusqu’à considérer l’IA comme un conseiller de vie (64 %), comme un psychologue (46 %), ou même comme un amoureux (20 %). On observe ici que, pour la plupart des Français interrogés, l’IA est anthropomorphisée.

Malgré les statistiques avancées plus haut, le panel est divisé à parts égales concernant le fait que l’IA est un outil efficace pour se sentir mieux, et 34 % d’entre eux pensent que l’IA conseille mieux que les humains. Encore une fois, les chiffres concernant les effets bénéfiques des IA conversationnelles comme solution pour aller mieux sont en hausse chez les jeunes présentant un mal-être important.

Avec cette utilisation massive des outils d’IA dans la vie quotidienne, la question de la connaissance des risques liés au partage de ses informations personnelles avec les outils d’IA émerge. 60 % du panel se dit bien informé sur le fonctionnement économique de l’IA, mais 68 % des interrogés avouent ne pas savoir que deviennent les informations et données qu’ils partagent avec l’IA.

De surcroît, un jeune sur deux interrogé a conscience que le respect de la confidentialité par les entreprises d’IA n’est pas assuré. Par ailleurs, le panel est divisé concernant la balance bénéfices/risques de l’utilisation de l’IA. Ainsi, un premier tiers des interrogés pense que converser sur sa vie personnelle avec l’IA comporte plus de risques que d’avantages, un deuxième tiers pense l’inverse, et le dernier tiers considère risques et avantages comme étant équivalents. Cette conscience des risques va au-delà de la question de la confidentialité, et un jeune sur deux considère que les IA conversationnelles peuvent amener à un isolement et à une baisse du bien-être global.

Enfin, 85 % des jeunes expriment une forte demande d’être mieux informés sur le traitement des informations partagées avec les outils d’intelligence artificielle. A fortiori, ces questions pourraient s’étendre au modèle économique des IA (notamment gratuites).

Pour conclure, l’étude permet de mettre en lumière la place que prennent les outils d’intelligence artificielle dans la vie quotidienne des jeunes interrogés. On remarque alors que l’utilisation principale qui en est faite est celle d’un assistant professionnel ou scolaire. S’ajoute à cela une forte corrélation entre l’utilisation des IA conversationnelles pour sa vie personnelle et le niveau de mal-être de la personne. Cela pose la question d’un possible isolement social et/ou familial qui amènerait à cette utilisation spécifique de l’IA, à corréler avec d’autres facteurs psychosociaux et économiques (milieu social, familial, ressources disponibles, lieu de vie, etc.).

Pour plus d’informations, vous trouverez l’étude détaillée ici :
https://www.cnil.fr/sites/default/files/2026-05/ipsos_bva_les_jeunes_et_l_ia.pdf

N.L.

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