Retour au stylo dans les universités ? Un éclairage sur les méthodes actuelles.
Simple nostalgie ou véritable révolution pédagogique ? La question se pose aujourd’hui dans plusieurs universités françaises. Des établissements comme Rennes ou Angers ont décidé de bannir les ordinateurs de certains cours magistraux afin d’améliorer l’attention et la mémorisation des étudiants. Cette décision s’appuie notamment sur des travaux en psychologie cognitive et en neurosciences qui interrogent l’impact des outils numériques sur les apprentissages.
Avant d’en tirer des conclusions trop rapides, deux questions méritent toutefois d’être posées. La première concerne l’interprétation de certains travaux en neurosciences. Les recherches de Stanislas Dehaene, souvent mobilisées dans ce débat, portent principalement sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez l’enfant, en particulier sur la formation des lettres et les circuits neuronaux impliqués. Si l’écriture manuscrite favorise certains processus cognitifs chez l’enfant, rien ne démontre clairement que les mêmes effets existent chez l’adulte. L’argument neuroscientifique mérite donc d’être discuté avec prudence.
La seconde question concerne la maîtrise de la dactylographie. L’étude de 2014 de Pam Mueller et Daniel Oppenheimer, souvent citée dans ce débat, montre que les étudiants prenant des notes à la main retiennent mieux l’information que ceux utilisant un ordinateur. Les chercheurs expliquent notamment que la prise de notes manuscrite favorise la reformulation et la synthèse, tandis que l’ordinateur peut encourager une transcription plus littérale.
Cependant, une partie du problème pourrait aussi venir de la maîtrise imparfaite du clavier. Beaucoup d’étudiants tapent encore avec deux doigts, ayant appris seuls à utiliser l’ordinateur. Cette méthode est lente et mobilise une charge cognitive qui peut détourner l’attention de l’essentiel : comprendre et synthétiser l’information. Dans ce contexte, les notes prises au crayon peuvent paraître plus synthétiques, sans que l’ordinateur soit nécessairement en cause. À titre d’analogie, si l’on obligeait les étudiants à écrire avec une plume et un encrier en évitant les pâtés d’encre, leurs notes seraient probablement elles aussi moins riches et moins efficaces.
Un autre argument souvent avancé concerne la distraction. Plusieurs études montrent que l’usage de l’ordinateur peut favoriser le multitâche et détourner l’attention. Certains étudiants reconnaissent d’ailleurs utiliser leur ordinateur pour d’autres activités pendant les cours. Lorsque celui-ci n’est pas autorisé, la dispersion semble diminuer.
Cette décision n’est cependant pas sans controverses. Certains étudiants estiment perdre du temps sans ordinateur et considèrent que celui-ci leur permet de prendre des notes plus complètes et plus rapides. D’autres soulignent qu’ils auront besoin de compétences en dactylographie dans leur future carrière professionnelle.
Il n’existe donc probablement pas de solution unique. La prise de notes à la main présente des avantages en termes de compréhension, d’analyse et de mémorisation, tandis que l’ordinateur offre rapidité et facilité de révision. Une approche équilibrée, combinant les deux méthodes selon les situations, pourrait être la plus pertinente.
Dans tous les cas, la formation des étudiants à une prise de notes efficace reste essentielle, qu’elle soit manuscrite ou numérique. Les enseignants peuvent jouer un rôle important en transmettant des méthodes et des stratégies adaptées.
Enfin, les nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle comme ChatGPT, peuvent constituer des outils utiles pour la recherche d’informations et la synthèse. Elles ne remplacent toutefois ni la réflexion critique ni la capacité à formuler ses propres idées. Leur utilisation doit donc s’accompagner d’un encadrement pédagogique et d’une sensibilisation aux enjeux, notamment écologiques, du numérique.
Le retour du stylo dans les amphithéâtres n’est peut-être pas un simple geste nostalgique, mais une invitation à repenser l’usage des outils en cours. L’enjeu est de trouver un équilibre entre technologies numériques et méthodes traditionnelles afin de favoriser l’attention, la compréhension et la mémorisation, tout en préparant les étudiants aux exigences de leur future vie professionnelle.
F. G.-M.
Références :
- Mueller, P. A., & Oppenheimer, D. M. (2014). The pen is mightier than the keyboard: Advantages of longhand over laptop note taking. Psychological Science, 25(6), 1159-1168.
- Sana, F., Weston, T., & Cepeda, N. J. (2013). Laptop multitasking hinders classroom learning for both users and nearby peers. Computers & Education, 62, 24-31.
- Artz, B., & Johnson, M. J. (2019). Learning with technology: Evidence that self-directed use improves college students’ grades while lessening the digital divide. Educational Researcher, 48(2), 121-139.