On a regardé en famille… « La famille tout écran » !

28 décembre 2018 | Non classé

« La famille tout écran », c’est d’abord un guide pratique et une campagne de recommandations publiés en 2017 par le CLEMI (Centre pour l’Education aux Médias et à l’Information) en association avec le réseau CANOPE (réseau de création et d’accompagnement pédagogique).

Depuis quelques semaines, c’est également une série de 15 épisodes courts réalisés par le CLEMI avec le soutien de la Caisse d’Allocations Familiales, diffusée sur le web et sur les chaines de France Télévisions.
15 épisodes de moins de 2 minutes pour aborder toutes les questions posées par les écrans au sein de la famille : les écrans et le sommeil, les écrans en mangeant, les pièges des réseaux sociaux, les images choquantes, les jeux vidéo, le repérage des fake news…

Un bel enjeu donc, et pour en apprécier le résultat, j’ai convoqué ma petite famille autour de l’écran !
Tout d’abord précisons que cette mini-série adopte le ton et les codes de la shortcom, littéralement « comédie courte » (type « Un gars une fille », ou encore « Caméra café ») : les mêmes personnages (une famille recomposée avec 3 enfants de 16, 8 et 3 ans), dans une unité de lieu (la maison), avec un thème par épisode court.
Les personnages parentaux sont très stéréotypés. La mère est parfaite : elle est la seule dans la famille à consommer très peu d’écran, elle est la plus informée, a toujours de bonnes idées pour régler les situations problématiques, et sans jamais se départir de son sourire ! Le personnage du père est très peu responsable, il est présenté comme le 4ème enfant de la famille, drôle et attachant, mais aussi souvent ridicule…

Les thématiques sont abordées de manière humoristique et décalée, au risque de laisser la portion congrue aux messages éducatifs que la série est censée promouvoir. Aucun épisode ne concerne les usages d’écrans constructifs et intéressants, seuls sont présentés les problèmes et les pièges. Aucun non plus sur l’aide que les enfants peuvent apporter aux parents face aux écrans. Les épisodes sont inégalement réussis. Dans certains d’entre eux, le message délivré ne semble pas découler de la scénette : ainsi l’épisode sur les écrans à table parle en fait plus des réseaux sociaux. La question de l’apprentissage de l’autorégulation, qui nous est chère à 3-6-9-12, n’est pas abordée : dans l’épisode sur les jeux vidéo, les parents régulent les enfants en coupant intempestivement le wi-fi, qui plus est sans les en informer, et en se moquant de leur réactions ! Certainement plus efficace pour amuser le spectateur, mais pas très éducatif… L’épisode sur les images pornographiques est en revanche drôle et plutôt réussi, de même celui sur les fake news qui montre que partager en famille les questionnements autour des écrans est un bon support d’échanges.

Alors que le guide paru en 2017 est complet et instructif, les impressions de ma petite famille sont mitigées devant la série… Le père trouve que l’image paternelle est trop systématiquement dévalorisée, et se demande si cela ne risque pas d’encourager les enfants à ne pas prendre leur propre père au sérieux… La mère que je suis ne se reconnaît qu’à moitié dans ce personnage de Madame Je Sais Tout. Après tout, il m’arrive à moi aussi de me tromper au sujet des écrans ! L’ado de 15 ans trouve que « les écrans qui parlent pour expliquer comment les utiliser, c’est quand même un peu bébé ». Seule la petite dernière, 10 ans, est enthousiaste. Elle adore sa maman et plébiscite celle de la série ! En tous cas, tout le monde est d’accord pour trouver le générique entêtant et trop long par rapport à la durée de chaque épisode.

En conclusion, la série est inégale, mais la regarder en famille permet d’aborder ensemble aussi bien la question des écrans que celle de l’éducation et de la place de chacun dans la famille. Or les écrans, cela n’a d’intérêt que si l’on en parle !

Marie-Noëlle Clément

Marie-Noëlle Clément

Psychiatre

Médecin directeur de l'Hôpital de Jour pour Enfants André Boulloche à Paris, elle travaille plus particulièrement sur les relations que les publics jeunes entretiennent avec les écrans, la communication avec les jeunes enfants, et l’autisme.

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